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Parcours de santé

Âgé de 56 ans, Bruno Vincent est titulaire d'une maîtrise de droit public (université des sciences sociales de Grenoble), du diplôme des sciences politiques (institut d'études politiques de Grenoble), du diplôme du département d'administration hospitalière de l'école nationale de santé publique de Rennes et du diplôme universitaire de 3e cycle “santé et protection sociale” (faculté des sciences économiques de Grenoble). Il occupera successivement différentes fonctions de direction dans les hôpitaux de Cannes, Gap, Valence, Montélimar, avant de prendre la direction de l'hôpital d'Annemasse-Bonneville en 1998.

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Bruno Vincent :« Notre département est bien doté en offre de soins »

Bruno Vincent, directeur du nouveau centre hospitalier Alpes-Léman Bruno Vincent, directeur du nouveau centre hospitalier Alpes-Léman

Article paru dans Le Messager du 17 mai 2012

Le directeur du nouveau centre hospitalier Alpes-Léman revient sur les raisons qui ont conduit à la construction de ce site, les conditions de sa réalisation, ses spécificités et, plus largement, l'offre de soins en Haute-Savoie.


Qu'est-ce qui a présidé à la naissance du nouveau centre hospitalier Alpes-Léman ?



C'est un projet qui remonte à un certain nombre d'années. La fusion des hôpitaux d'Ambilly et de Bonneville date en effet de 1995. Il s'agissait d'une fusion juridique et non d'une fusion pratique, puisque ces deux sites sont restés en exercice dans leur localité respective, tout en étant gérés et administrés par des instances uniques. Ce qui était attendu, c'était la dernière phase, la plus importante, à savoir le regroupement, au plan géographique des deux sites.

La question de la reconstruction a été actée par l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH), qui a préféré cette solution à une modernisation des établissements d'Ambilly et Bonneville, qui étaient complètement obsolètes.

Aujourd'hui, pour les raisons mêmes de fonctionnement d'une médecine moderne, on ne peut plus accepter qu'une partie du plateau technique, le diagnostic, soit sur un site et les patients sur un autre. Ensuite, s'est posée la question du choix du nouveau site Puis du financement. Sur ce dernier plan, on a bénéficié du programme “Hôpital 2007”. Enfin, on nous a demandé de réaliser cette construction neuve selon le principe d'un bail emphytéotique.

Justement, cet hôpital est le fruit d'une collaboration avec Eiffage-Hanvol : concrètement à quoi correspond ce partenariat public-privé ?

Vous avez raison : il s'agit d'un partenariat public-privé. Un consortium, regroupant un architecte, une entreprise de gros œuvre, une banque, est le propriétaire de cet ouvrage durant trente ans. Il doit en assurer la maintenance. Je ne suis que le locataire. Moyennant un loyer de 13,5 millions d'euros, qui va grimper à 15 millions d'ici trois ans.

C'est un système qui tend à se développer. Quels en sont les avantages ?

On a affaire à un interlocuteur unique. Ensuite, nous sommes à peu près sûrs du délai de réalisation : ce sont des chantiers qui, en principe, sont livrés en temps et en heure. Il y a des exceptions évidemment, comme l'hôpital francilien. Mais c'est ce que nous avons pu généralement observer jusqu'à présent. Et puis, ce sont des projets qui tiennent dans l'enveloppe financière fixée au départ. C'est le cas pour cet hôpital. Tout en sachant que nous sommes pour le CH Alpes-Léman à un budget de 155 millions d'euros hors taxes.

Que vont devenir les deux anciens hôpitaux d'Annemasse et Bonneville ?

Ils sont destinés à être vendus, bien que celui d'Ambilly soit un cas un peu à part. Nous conserverons là-bas notre site de formation de soins infirmiers. L'Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) Les Edelweiss reste également sur ce site et nous créerons un centre de consultation avancé : nos propres spécialistes, praticiens, seront sur place, y organiseront des temps de consultation. Nous avons conscience du fait que notre éloignement par rapport à notre bassin de population principale, associé à des moyens de transports qui ne sont pas tout à fait ce qui nous souhaiterions, ne facilite pas forcément la vie à certains. Nous souhaitons donc pallier cet inconvénient, d'autant que, pour ne rien vous cacher, nous sommes aussi en situation de concurrence. Cette antenne sera installée dans l'ancien bâtiment administratif. La commune souhaitant, enfin, acquérir le bâtiment principal.

Mais je veux souligner le fait que c'est une grosse contrainte à laquelle nous soumettons nos praticiens, en créant cette entité de consultation avancée.

Quelles sont les spécificités du CH Alpes Léman en termes de soins, de fonctionnement ?

Ce que l'on peut dire, c'est que l'on offre quasiment toutes les spécialités médicales et chirurgicales de base. Nous n'étions pas en capacité de le faire auparavant. Par exemple, il nous manquait des spécialistes de médecine interne, qui est une spécialité compliquée. Nous n'avions pas non plus de néphrologie, ni d'endocrinologie. Nous avons aussi, désormais, des infectiologues, des pneumologues, gastro-entérologues, cardiologues Nous aurons également une chirurgie de la reconstruction, et de la main.

Vous faites partie de la communauté hospitalière de territoire de la Haute-Savoie Nord. Comment cela se traduit-il au quotidien ?

Il s'agit de coopérer entre établissements publics de santé. Par exemple, en réanimation, nous avons un très grand secteur, ce qui nous a permis de regrouper Sallanches, Annemasse et Bonneville, en devenant un peu les spécialistes du genre. Autre exemple : Thonon a une spécialité ORL, contrairement à nous. Nous faisons donc en sorte que notre coopération soit accentuée avec Thonon. Cela à l'heure où les équipements deviennent extrêmement coûteux. C'est un gage de rationalité, d'économie de coût et d'efficacité.

Et le privé ?

Il faut savoir avant tout que certaines spécialités rapportent de l'argent, d'autres en font perdre, comme la pédiatrie, la gériatrie. Nous ne sommes pas des naïfs : nous devons équilibrer notre budget ; nous devons bien sûr garder nos valeurs de service public, et assumer les missions que le privé délaisse, mais nous devons aussi développer les activités qui rapportent de l'argent. Alors, concernant le privé, pour résumer, nous sommes à la fois complémentaires et concurrents.

Vous comprenez que ce terme de concurrence peut surprendre voire choquer quand on parle de médecine ?

Notre pays a fait depuis longtemps le choix d'avoir deux systèmes de santé, à la fois public et privé. Il pourrait effectivement y avoir aujourd'hui un système de dotation budgétaire globale, pour le public, indépendant de notre activité réelle. Mais ce n'est pas le cas : ma principale préoccupation est de payer les salaires. Et je peux le faire si je reçois des patients et les dotations afférentes. Nous sommes rémunérés à l'activité. Nous devons donc introduire une notion d'efficience dans la gestion de nos établissements. Mais il faut également se poser la question suivante : est-ce que les Français sont prêts à payer des cotisations encore plus élevées pour leur système de santé publique ? Je n'en suis pas sûr.

Allez-vous être amené à signer un contrat de performance comme le centre hospitalier annécien ?

Il faut savoir qu'en règle générale, s'il y a un contrat de performance, c'est que l'établissement est dans une situation budgétaire difficile. Ce contrat vise le retour à l'équilibre budgétaire. Pour l'instant, nous sommes en excellente santé budgétaire. Avec même des excédents. Mais dès lors que l'on ouvre un hôpital neuf, avec des loyers élevés, on est dans la situation d'un établissement endetté. Pour l'heure, l'autorité de tutelle n'a pas jugé utile de nous faire entrer dans ce système de contrat de performance. Mais nous devons rester très, très modeste.

On sait que plusieurs hôpitaux haut-savoyards ont du mal à recruter du personnel soignant, attiré par la Suisse. Est-ce votre cas ?

Nous subissons effectivement un turnover très important. Notre personnel, notamment soignant, ne fait que passer chez nous. Nous avons beaucoup de mal à le pérenniser, le fidéliser. La majeure partie acquiert chez nous l'expérience, le savoir-faire, puis part en Suisse, où l'écart de salaire est de 1 à 2 voire 2,5. Nous faisons énormément d'efforts pour fidéliser ce personnel, en améliorant les conditions de travail, les conditions d'accès au temps partiel. Nous avons également créé une crèche hospitalière adaptée aux horaires des ces personnels. Mais nous ne pouvons pas nous battre sur les conditions salariales.

Globalement, comment jugez-vous l'offre de soins aujourd'hui sur le département ?

Nous sommes dans un département riche, bien doté en offres de soins. Nous sommes aussi dans un département peuplé, avec une démographie dynamique. L'offre de soins est évidemment plus importante qu'ailleurs. Par exemple, on réalise en ce moment une structure privée importante à Annemasse, à quelques kilomètres seulement de nous. Il faut vraiment que nous ayons les moyens pour faire cela. A ma connaissance, ce type d'exemple est unique en France.

Et l'offre publique ?

Je pense que chaque territoire est aujourd'hui suffisamment doté, avec des équipements performants, complémentaires. Les petits équipements privés ont d'ailleurs tendance à disparaître. Sauf dans le secteur du CH Alpes Léman où l'offre, avec ce nouvel équipement privé, va être très importante en termes de soins.

Pour conclure, qu'auriez-vous à dire au nouveau gouvernement ?

Aujourd'hui, pour équilibrer nos budgets, en situation de concurrence, nous faisons tout pour ne pas perdre de parts de marchés, ce qui peut paraître choquant pour certains de nos concitoyens. Mais il ne faut pas pousser jusqu'à l'extrême la logique de la productivité, de l'efficience, car on pourrait y perdre notre âme. Et certains seraient peut-être tentés aussi d'abandonner certaines activités peu “rentables” au bénéfice de celles qui le sont plus. Je pense que nous avons atteint le bon degré. Mais qu'il ne faut aller plus loin.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYRIL BELLIVIER

La Tribune Républicaine
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