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Soleil en tête

Vincent Jacques Le Seigneur est secrétaire général de l'Institut national de l'énergie solaire (INES), dont les bâtiments sont installés à Savoie Technolac, entre Aix-les-Bains et Chambéry. Il a été directeur général de l'Institut français de l'environnement (IFEN) après avoir été conseiller au ministère de l'Environnement et, pendant de nombreuses années, journaliste. Il est maître de conférences à Sciences-Po, Paris.
Depuis sa création, il y a six ans, l'INES a bénéficié d'un budget global de 40 millions d'euros.

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Dossier

Vincent Jacques Le Seigneur: « L'énergie solaire représente un atout majeur »


Parution du 28 juin 2012 dans Le Messager

Alors que le Solar Event, manifestation grand public qui a réuni plusieurs milliers de personnes à Savoie Technolac, vient de se dérouler, le secrétaire général de l'Institut national de l'énergie solaire (INES), basé au Bourget-du-lac, fait le point sur cette filière, aujourd'hui en piteux état, et ses opportunités de développement.


Solar Event vient de se dérouler autour, notamment, d'une course de véhicules solaires: que retenez-vous de cette manifestation ?



Avant tout, je tiens à préciser que, si je suis bien à l'origine de cette manifestation grand public qui vise à “vulgariser” l'énergie solaire autour d'événements comme cette course ou d'ateliers et d'expositions, je n'en suis plus l'organisateur. Ce rôle revient désormais à Savoie Technolac. Mais j'y suis bien allé cette année, comme les précédentes. Comme touriste! (Rires).

L'important à mes yeux est que cette manifestation permet de faire le lien direct entre la recherche et le grand public, lequel sera le destinataire et le bénéficiaire dans quelques années des efforts que nous menons dans ce domaine. Quant à la course de véhicules solaires qui était organisée, elle est très intéressante car elle mobilise de jeunes étudiants, sous une forme assez ludique. A ce titre, elle représente un outil pédagogique très performant: pour s'en convaincre, il suffisait de voir les voitures qui ont été construites pour cette occasion, faites d'ingéniosité, de petites trouvailles.

Soit, mais roulerons-nous un jour grâce à l'énergie solaire?

Non ! Il ne faut surtout pas dire cela, il ne faut pas l'envisager comme cela ! Ce que nous avons vu comme véhicules solaires lors de ce Solar Event -et tous les engins s'en rapprochant à travers le monde sont dans le même cas- ne sont que des prototypes, des jouets en quelque sorte, extrêmement légers, qui ne pourront jamais assurer la mobilité au sens où nous l'entendons aujourd'hui: ce ne sont pas les quelques mètres carrés de panneaux solaires qui permettent de les faire avancer qui pourront les mettre en condition d'assumer ce rôle. Mais leur fonction, sur le domaine de la recherche, reste intéressant.

En revanche, le lien entre solaire et mobilité existe bel et bien à travers la production d'électricité, via cette source, pour recharger les véhicules électriques. Savez-vous, par exemple, qu'en équipant une seule place de parking de panneaux solaires, on peut “produire” 30 000 kilomètres par an de déplacement? A l'INES, nous menons cette expérience depuis quelques années. Et c'est tout à fait concluant.

Comment se porte la filière solaire aujourd'hui en France?

C'est tout simplement la catastrophe! Les décisions prises par les pouvoirs publics ces derniers mois ont conduit à l'effondrement de la filière. Nous avons perdu, selon nos premières estimations, pas moins de 60% des entreprises qui s'étaient investies dans ce secteur. Ce n'est d'ailleurs absolument pas logique: la baisse du tarif de rachat de l'électricité produite via le solaire par EDF visait essentiellement les entreprises et non les particuliers. Mais le grand public a cru comprendre que cela le visait aussi et a délaissé ce mode de production. Et les commandes se sont écroulées, avec les conséquences que l'on constate aujourd'hui. Il y a eu un manque évident de pédagogie de la part des pouvoirs publics.

Malgré cela, je reste optimiste pour l'avenir. Toutes les études démontrent que le potentiel de développement de l'énergie solaire est énorme, sur les trente prochaines années. C'est une évidence.

Comment favoriser ce développement alors ?

Il y a plusieurs axes simples à privilégier. En premier lieu, il faut que le gouvernement fixe des règles du jeu qui soient durables, pérennes. Les industriels et les investisseurs ont tous besoin de visibilité, de lisibilité pour s'engager dans cette filière. Ils ne le feront pas tant qu'ils ne sauront pas où vont les pouvoirs publics, sur le long terme.

Il faut également mettre en place des mécanismes -notamment douaniers et fiscaux- pour limiter l'invasion à laquelle nous assistons de produits de médiocre qualité en provenance de pays comme la Chine, essentiellement. Les Américains, par exemple, ont déjà mis une surtaxation dans ce domaine. De notre côté, nous pouvons imaginer une sorte de label, certifiant la qualité de notre production, qui est réelle, et qui est bien supérieure à d'autres.

Il faut également à tout prix informer le grand public: les gens doivent comprendre aujourd'hui que la transition énergétique n'est pas un choix mais une obligation! Nous devons intégrer l'idée selon laquelle le “mix énergétique” sera incontournable dans les années à venir. Et, dans ce contexte, encore une fois, l'énergie solaire -pour la production d'électricité ou d'eau chaude- représente un atout majeur. Et puis, pensez qu'au bout de dix ans, vous êtes sûr de rentabiliser votre installation et qu'ensuite ce n'est que du bénéfice! Une centrale individuelle pouvant facilement durer une trentaine d'années... Pour le solaire thermique, on sait que même en Rhône-Alpes on peut produire 60% de son eau chaude.

Ce sont autant de paramètres qu'il faut expliquer au public alors que l'on sait que les prix des énergies fossiles ne vont pas cesser d'augmenter, voire vont exploser. Même le prix de l'énergie nucléaire va évidemment subir une inflation importante dans les prochaines années, ne serait-ce qu'en fonction du renforcement des normes de sécurité dont le coût devra être financé par l'usager. Sans parler du démantèlement des anciennes centrales, que les usagers devront également payer, d'une façon ou d'une autre.

A vous entendre, c'est un marché colossal. Que faudrait-il faire pour que nous soyons leaders dans ce domaine?

Mais nous le sommes déjà, en tous cas dans le cadre de la recherche et du développement: l'INES, par exemple, est un des trois centres de recherche européens les plus performants. Nous sommes passés du fond de la classe au premier rang ! Aujourd'hui, notre objectif est d'être parmi les trois premiers mondiaux. Et nous sommes bien partis pour, je peux vous le dire.

Côté industrie, production, c'est plus compliqué : nous avons pris beaucoup de retard. Il sera difficile à combler. Mais nous pouvons tirer notre épingle du jeu en misant sur la qualité de nos produits, les technologies nouvelles que nous développons, en fabriquant, par exemple, des modules plus performants que nos concurrents grâce à nos recherches. Et puis, nous restons très bien placés sur la fourniture d'équipements liés à la production d'énergie solaire: nous avons quatre ou cinq belles entreprises qui exportent d'ores et déjà dans le monde entier. Mais il nous reste à faire des efforts dans le domaine de la production, c'est sûr.

Concernant l'INES, quelles sont ses réalisations récentes et ses pistes d'action pour l'avenir?

Notre axe prioritaire de travail vise à l'augmentation de la productivité des modules, à la réduction de leur coût de production, tout en maintenant une qualité optimale. Nos recherches visent aussi les modes de stockage afin de garantir un apport régulier et une utilisation constante de l'énergie solaire. Nous travaillons aussi sur le volet lié à la mobilité ou encore le refroidissement de l'habitat, qui apparaît comme un enjeu majeur pour les prochaines années.

Vos recherches sont-elles déjà reconnues ?

Oui, sans aucun doute. Sans vanité aucune, il n'y a que quelques années, quand on parlait de l'INES, c'était plutôt: “Ah oui, l'institut savoyard de l'énergie solaire!” Aujourd'hui, nous jouissons d'un renom international. Tout simplement parce que nous avons fait ce que nous avions dit et que le projet est allé à son terme. Pour preuve, et pour seul exemple, nous déposons désormais une bonne dizaine de brevets chaque année. Nous signons également de nombreux contrats avec des industriels spécialisés dans le solaire : un tiers de notre budget de fonctionnement vient de là. Et nous continuons : nous avons travaillé sur une innovation majeure, des panneaux solaires sans soudure... C'est le vide, fait à l'intérieur du panneau, qui fera soudure. C'est capital, en termes de poids et, encore une fois, de coût de production.

Quelles sont les grandes avancées technologiques auxquelles nous pouvons nous attendre dans les prochaines années ?

Nous maîtrisons l'effet photovoltaïque depuis plus d'un siècle! Nous savons l'essentiel dans ce domaine. Il n'y a pas, je pense, de saut technologique majeur à attendre. Mais la recherche et le développement sont désormais essentiels pour toutes les raisons que je viens de vous expliquer. Et les pistes de développement sont innombrables : par exemple, en s'appuyant sur les nouvelles technologies d'information et de communication, on pourrait mutualiser tout un quartier sur la gestion de sa ressource en énergie solaire. Sans parler des déplacements, objet également de nos recherches.

PROPOS RECUEILLIS PAR CYRIL BELLIVIER

La Tribune Républicaine
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