Pays bellegardien : quel est l’état de santé de nos agriculteurs ?

Les vaches laitières sont majoritairement nourries à l’herbe et au foin par chez nous.
Les vaches laitières sont majoritairement nourries à l’herbe et au foin par chez nous.

L ’agriculture s’est perdue dans un système productiviste et spéculatif pendant des années. Revenir en arrière n’est pas simple, on est en plein dedans. Nous sommes la génération qui essaie de rattraper certaines erreurs du passé  », déclare Frédéric Ramel, agriculteur à Vouvray à Châtillon. Le professionnel comprend que certains agriculteurs en France se suicident, ça ne « l’étonne pas » mais il tient à souligner : « Il ne faut pas noircir le tableau, tout du moins sur notre zone géographique. Nous sommes bien lotis. En Michaille, l’année a été bonne. Mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde ».

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« C’est le seul

métier à fonctionner

comme ça »

Pour lui, le souci principal reste la valorisation de ses produits. « Quoi qu’il arrive, on aura toujours quelqu’un pour ramasser notre lait, pour acheter notre viande. Le problème, c’est que c’est celui qui achète ta viande qui te fait la facture. On est le seul métier à fonctionner comme ça.

Il y a des spéculations sur des récoltes qui ne sont pas encore faites, en se basant sur des phénomènes changeants, comme la météo et nous, derrière, on doit assumer le choix des autres et nous adapter ».

L’agriculteur de Vouvray ajoute : « Il faut qu’on arrive à revaloriser nos produits. C’est aussi pour ça qu’on travaille aujourd’hui, avec des produits moins chimiques. Et c’est aussi ce que veulent les consommateurs ! Ça arrange tout le monde. Le secteur a encore mauvaise presse parce qu’on nous dit qu’on est des pollueurs. Il y a une méconnaissance de ce public nourri aux réseaux sociaux et aux fausses informations. C’est aussi à nous d’ouvrir les portes de nos fermes et de leur montrer qu’ils se trompent  ».

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Un public

friand de la

vente directe ?

Du côté de Chézery-Forens, dans cette exploitation de 150 hectares, réduire le fossé avec le consommateur est un point d’orgue. Et cela s’accélère encore depuis peu : « Depuis six mois, on vend presque toute notre marchandise en gros, explique Olivier Barras. On vend toute notre production laitière à la coopérative qui nous appartient. Le prix du lait dépend de la quantité de fromages que nous vendons avec la fromagerie. Mais de ce côté, nous n’avons pas à nous plaindre ».

S’agissant de la viande, la vente directe est profitable à l’agriculteur : « On décide des prix, certes, mais il ne faut pas non plus vendre de la viande hors de prix : les gens se déplacent jusqu’à chez nous, donc ça sera moins cher qu’en boucherie. En gros, on vend notre viande au prix auquel on peut la trouver en supermarché, mais avec une bien meilleure marge ».

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Des choix

qui furent

décisifs

Il revient cependant sur le passé de son exploitation : « Il y a de cela plus de dix ans en arrière, certains voulaient qu’on arrête la coopérative, pour partir en industriel. On a hésité, finalement on a tenu tête et 10 ans après, on se rend compte qu’on a fait le pari de l’avenir et qu’on l’a réussi. On est bien content aujourd’hui d’avoir su maintenir notre petit outil de production. Cette année encore, l’année a été bonne  ».

Le risque zéro n’existe évidemment pas et nos agriculteurs, bien qu’optimistes, précisent tous qu’un accident de parcours est vite arrivé.

Chiffre

- 1 agriculteur se suicide chaque jour

- 2 secteurs d’activité présentent une surmortalité par suicide : l’élevage bovins-viande et l'élevage bovins-lait.

- 1 700 appels ont été reçus sur le dispositif d’écoute mis en place par la MSA pour les agriculteurs en situation de détresse, au 1er semestre 2016 (285 appels par mois en moyenne), contre 300 appels en moyenne, par trimestre, en 2015. Les principaux motifs sont les soucis et problèmes financiers tels que l’isolement géographique ou relationnel des adhérents agriculteurs.

(Sources : Mutualité sociale agricole (MSA), Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA))

Des discussionspour rapprocher?

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Ce secteur est en ce moment sous le feu des projecteurs pour mille et une raisons. Les principales : plusieurs groupes écologistes se sont levés pour pointer du doigt l’utilisation de pesticides dans les exploitations. Cela, entre autres, a entraîné des mouvements nationaux de la part des professionnels du monde paysan. Ces derniers dénoncent un « agribashing », terme composé de « agriculture » et « bashing » issu du verbe anglais « to bash » qui peut se traduire par « rabaisser », « frapper contre ». De nombreux exploitants sont ainsi descendus dans les rues pour dénoncer la rupture et le manque d’informations entre les consommateurs et les fermes. (Tous les agriculteurs ne soutiennent pas ce mouvement. L’un d’eux nous confie « Ce n’est pas en se tapant les uns sur les autres qu’on arrivera à quelque chose. Si les consommateurs ont des questions, il faut qu’on leur ouvre nos portes pour leur expliquer  »). Pour réduire cette distance entre les deux parties, un réalisateur, Édouard Bergeon, fils d’exploitant a pris sa caméra et a réalisé «Au nom de la terre», dans lequel il raconte l’histoire de son père qui s’est donné la mort. Le cinéaste, avec son acteur Guillaume Canet, s’est arrêté dans de nombreux cinémas partout en France pour discuter avec le public. Il a également organisé une projection et un débat avec des députés à l’Assemblée nationale.

En cas de problèmes, des actions pour aider

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La chambre d’agriculture de l’Ain et la Mutualité sociale agricole (MSA) sont associées depuis plusieurs années pour accompagner les exploitants dans le besoin, à travers un dispositif nommé Rebond. Il vise à tendre la main aux professionnels « qui ont un coup de mou passager, qui veulent carrément une restructuration totale de leur entreprise, ou qui ont des problèmes financiers ou psychologiques. Souvent, c’est une combinaison de tout ça, explique Philippe Chrétien, conseiller d’entreprise à la chambre d’agriculture. On peut être informé des difficultés d’un agriculteur par différents biais. On s’est rendu compte qu’il existe des signes précurseurs à des décrochages. Comme, par exemple, des mortalités anormales d’animaux, ou des déclarations PAC (politique agricole commune Ndlr) qui ne sont pas faites dans les délais. On peut aussi recevoir des coups de téléphone d’un fournisseur qui va nous dire qu’il sort de chez tel agriculteur et qu’il s’est rendu compte que ça n’allait pas. Il peut aussi s’agir de la femme d’un exploitant qui tire la sonnette d’alarme. Ce n’est pas toujours évident de rentrer en contact avec un exploitant qui va mal, si ce n’est pas directement lui qui vient vers nous. ». De telles situations, Rebond en traite une trentaine par an. « Et ça, je pense que c’est qu’une petite partie des gens qui ne vont pas bien. Il existe, dans ce milieu, une certaine pudeur  ». Une fois la prise de contact établie, des rendez-vous sont fixés entre la personne à aider et un interlocuteur de la MSA ou de la chambre d’agriculture de l’Ain, afin de trouver des solutions, quel que soit le problème. « La dépression se traduit par des gens qui ne font plus. Ils voient ce qu’il faudrait faire, mais ils n’ont plus d’énergie pour le faire » conclut le conseiller d’entreprise.