Nantua : Il y a 70 ans naissait l’un des tout premiers monuments des Déportés

Le monument lors de son inauguration en novembre 1949.
Le monument lors de son inauguration en novembre 1949.

Dès 10h ce jour-là, personnalités et population sont rassemblées en l’abbatiale Saint-Michel pour une cérémonie religieuse en mémoire des déportés de l’Ain morts dans les camps de concentration.

Cette célébration est présidée par le Chanoine Adam, représentant l’évêque de Belley.

Puis, un dépôt de gerbe au monument aux morts suit par les autorités civiles et militaires (dont le ministre Jacquinot, le maire Mugnier, le Préfet Duperrier, le Président du Conseil Général de l’Ain Saint Cyr, les députés Dominjon et Tony-Révillon).

Remise de la Croix de guerre

A 14h30, un cortège avec en tête l’Union Musicale et un détachement militaire du 27ème B.C.A. d’Annecy se forme devant la Mairie et se rend jusqu’au monument des déportés où une foule immense est présente.

A 15h, le ministre Jacquinot enlève le voile tricolore qui recouvre le monument, des gerbes sont déposées tandis que s’élève le Chant des Partisans interprété par la fanfare du 27ème B.C.A. d’Annecy. La sonnerie Aux Morts et une minute de silence suivent alors…

C’est alors que le ministre Jacquinot remet officiellement à la ville de Nantua la médaille de la Croix de guerre avec Etoile de Vermeil aux sons d’une œuvre de Jean-Sébastien Bach chantée par des écoliers de Nantua, épinglant cette distinction sur un coussin brodé aux armes de Nantua porté par le maire Marius Mugnier avec à ses côtés le 1er adjoint Ary Geoffray.

Nantua, ville « terroriste »

Auparavant, le colonel Bègue a lu la citation du 11 novembre 1948 à l’ordre du corps d’armée concernant la ville de Nantua : « Ville qualifiée de « terroriste » par les Allemands. A été le siège de la Résistance régionale. S’est dévouée totalement pour le ravitaillement du Maquis, le recrutement et le camouflage des résistants, les soins aux malades et blessés de la clandestinité. A subi 4 expéditions punitives. A eu 23 tués dont 16 fusillés et 116 déportés dont 91 sont morts dans les camps de concentration. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec Etoile de Vermeil.  »

Plusieurs allocutions suivirent dont celles de Marius Mugnier et de Louis Jacquinot, mais la plus émouvante fut celle du docteur Rousset, ancien déporté et vice-président de la Fédération nationale des déportés et internés.

Louis Leygues, un grand sculpteur pour une oeuvre hors du commun

Louis Leygues dans son atelier.

En 1947, le comité des Déportés de Nantua présidé par André Farrichon décide de faire réaliser un lieu de mémoire pour les déportés du canton. Vice-Président des déportés et internés de l’Ain ainsi que du Comité d’érection du monument, Simon Pernod demande à son ami Louis Leygues, ancien déporté, de réaliser une œuvre mémorielle.

Né à Bourg-en-Bresse (rue Alphonse Baudin) le 25 août 1905, ce professeur à l’école des Beaux-Arts à Paris a été reçu 1er au concours de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs. En 1931, il reçoit le Grand Prix de Rome de sculpture.

Choix du lieu et de l’œuvre

« J’ai choisi l’endroit où la ligne plongeante des montagnes semble se rencontrer au loin à la surface des eaux. Ce lieu magnifique centre l’attention sur le monument » raconte dans la presse l’artiste le 9 octobre 1949 qui a « voulu faire un ensemble architectural en harmonie avec le paysage. »

« Ma première idée a été de faire un bloc énorme, écrasant, comme le symbole de l’oppression nazie. Ce bloc, je lui ai donné une forme régulière. Il est posé horizontalement sur quatre piliers entre lesquels repose une statue d’un homme couché taillé dans la pierre (…). Une colonne de lumière tombe sur le gisant qui semble relié au ciel d’une manière idéale ; c’est en somme une lanterne aux morts.  »

Des travaux gigantesques

Une avancée d’environ 25 m est créée sur le lac portée par 6 pieux frottés avec une armature métallique et béton à 8 m de profondeur car le soubassement, le gisant, les piliers et le bloc rectangulaire pèsent plus de 50 tonnes. Les travaux sont réalisés par un entrepreneur local : Emile Morel.