Quand le chanvre était cultivé sur les terres du Bas-Chablais

Rue de la Plaffe, à Bons-en-Chablais, cette maison de tisserand a été construite au début du XVIII
e
 siècle.
Rue de la Plaffe, à Bons-en-Chablais, cette maison de tisserand a été construite au début du XVIII e siècle.

Désormais disparue, la culture du chanvre était, jusqu’au XXe siècle, très répandue. « Autrefois, on vivait en autosubsistance. On produisait tout ce dont on avait besoin sur place, on n’achetait pas à l’extérieur. Pour fabriquer des tissus, il y avait la laine des moutons, mais aussi d’autres plantes textiles, comme le chanvre », indique Denis Lavy, le président de l’association bonsoise «Terra Langini». Sur les terres de Bons-en-Chablais, plus de deux hectares étaient cultivés en chanvre, soit pas moins de 113 parcelles. L’emplacement actuel de l’église de Bons a également été occupé par une chènevière, un champ de chanvre. « Mais ce n’était pas particulier à Bons, beaucoup de communes du Bas-Chablais cultivaient aussi cette plante », précise Denis Lavy.

Des artisans attaqués

La culture du chanvre était découpée en plusieurs étapes, qui nécessitaient des personnes aux compétences différentes : la récolte, le rouissage (tremper la plante pour séparer les fibres textiles), la sèche, le teillage (broyer les tiges), le peignage et le filage. A l’époque, les peigneurs de chanvre professionnels étaient itinérants. Se déplaçant de village en village pour travailler, ils représentaient des proies faciles pour les malfrats. «  Dans les archives du sénat de Savoie, il est écrit qu’ils se faisaient souvent attaquer et voler leurs sous », raconte Denis Lavy. Dernier maillon de la chaîne, le tisserand réalisait des toiles grâce aux fibres de chanvre pour confectionner des vêtements et des draps de lits. Dans chaque quartier ou hameau de Bons-en-Chablais, un tisserand occupait le rez-de-chaussée d’une maison avec son atelier.

La fin d’une société en autarcie

En 1860, l’annexion de la Savoie à la France est fatale à la culture du chanvre. « A partir de là, les trois quarts du département de Haute-Savoie ont fait partie d’une zone franche avec Genève », explique Denis Lavy. Conséquence : les habitants du Chablais, sortis d’un modèle économique basé sur l’autarcie, pouvaient enfin faire leurs courses en Suisse. Plus besoin, donc, de cultiver sur leurs propres terres. D’autant plus que des tissus moins chers et de meilleure qualité se trouvaient de l’autre côté de la frontière. Après 1914, « date butoir » selon Denis Lavy, la culture du chanvre est définitivement mise de côté.

Pas d’utilisation thérapeutique ?

Utilisé principalement pour confectionner du textile, le chanvre dispose de nombreuses propriétés, comme des bienfaits thérapeutiques. Les habitants de Bons-en-Chablais s’en seraient-ils servis pour soigner leurs maux ? « Peut-être, mais aujourd’hui il n’y a rien qui nous le prouve », répond Denis Lavy, président de l’association «Terra Langin, Mémoire et Patrimoine».