Guillaume Terrien, l’extraterrestre de la dictée hors concours en Suisse

2012. Cette année-là, le Français Guillaume Terrien remporte pour la quatrième fois d’affilée le championnat international de dictée suisse. Du jamais-vu et pour couronner le tout, il s’est même permis un sans-faute lors d’une édition, un exploit rarissime. Nos voisins helvétiques se sont visiblement lassés de notre dictionnaire humain si bien que les organisateurs ont décidé de changer leur règlement afin que le plus jeune vainqueur de la dictée Pivot (à 24 ans, en 2004) ne puisse plus gagner.

Il pouvait continuer de venir mais juste pour la gloire en somme, comme tous les anciens vainqueurs, explique-t-il. « Je n’y suis plus retourné après, confie celui qui a fait de l’orthographe son métier via la création d’un site d’apprentissage du français, Orthodidacte.com. Cette dictée était vraiment redoutable, plus relevée que le championnat de France alors pour faire un sans-faute, il fallait se lever de bonne heure. »

Et vous, c’est quoi votre mot préféré ?

C’est ce qu’a réalisé Guillaume, né en 1980 et originaire de la région nantaise, en 2009 alors que son livre de chevet a toujours été un dictionnaire. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, participer au championnat international suisse ne demande pas une préparation spécifique.

« Le règlement indique les dictionnaires de référence et ce sont les mêmes qu’en France. Cette dictée n’est pas difficile à cause de ses helvétismes ou de ses expressions suisses mais plutôt car l’auteur, Francis Klotz, cherche des difficultés orthographiques à l’intérieur des articles des dictionnaires. Par exemple, l’expression « Être Grosjean comme devant », qui signifie « être ballot », on ne la trouve que dans les articles à « gros ». On a beau connaître tous les mots, l’auteur va aller chercher au fin fond des articles, alors qu’en France, les difficultés se cantonnent aux mots. Avec lui, les gens peuvent se prendre des valises de fautes. Moi j’ai appris à connaître ses marottes. Il y a une bonne dose d’humour dans ses textes, c’est plaisant à écrire », livre aussi ce passionné dont le mot préféré est… chaenichthys. « C’est le nom d’un poisson, je l’ai découvert en feuilletant le dictionnaire. Je ne l’ai jamais entendu ! »

« Un véritable mousquetaire de l’orthographe »

Les organisateurs du championnat suisse d’orthographe ont eux bien assez entendu parler de Guillaume Terrien, le Français qui a écrasé l’épreuve de son talent il y a maintenant dix ans. Francis Klotz en garde d’ailleurs un souvenir bien précis  : « C'était un concurrent redoutable, passionné, d'un niveau supérieur. C'est aussi un homme discret, modeste, d'une grande compétence dont les remarques et observations sont toujours pertinentes. Un véritable mousquetaire de l'orthographe ! Je garde de lui un excellent souvenir. Il venait toujours à Genève accompagné d'une cohorte de membres du club d'orthographe de Grenoble, autant de concurrents pour notre championnat. Son écrasante domination a certainement découragé des concurrents, ce qui m'a obligé à créer la catégorie "champions", destinée aux vainqueurs des éditions précédentes et leur interdisait de prétendre au titre de champion suisse. »

Ses helvétismes préférés

Puisqu’il n’y a pas de petit plaisir, voici les helvétismes préférés de Guillaume Terrien. Il les classe en deux catégories : ceux qui ont une difficulté orthographique et ceux dont le sens est intéressant. Dans la première, il cite « rösti (qu'on trouve aussi écrit rœsti),le carnotset (que les dictionnaires écrivent aussi carnotzet) ou encore privat-docent (qui peut aussi s'écrire de plusieurs façons mais qui déroute dans tous les cas). »

Dans la seconde, il évoque « traitillé », « un mot tellement logique que ça a été une grande révélation de tomber dessus ! » C’est en fait l’équivalent du pointillé mais avec de petites traits… Il aime aussi « nonante » : « Pourquoi diable s'embêter avec quatre-vingt-dix ! » Un terme qui ne surprendra ni les Haut-Savoyards d’origine, ni les frontaliers.