Tournon: un pilote de l’aérodrome poursuivi devant le tribunal

Tournon: un pilote de l’aérodrome poursuivi devant le tribunal

En toute ignorance des règlements, la somme des infractions commises par le prévenu paraissent bien légères. À 9 minutes près, il n’aurait pas dû avoir son certificat de vol. A trois heures près, n’aurait pas dû pouvoir transporter des gens… et pour 277 euros de dépassement il lui a été reproché d’avoir perçu des sommes indues. La procureure Mauboussin, pour resituer les débats, a rappelé les deux accidents mortels qui se sont produits en 2021 dans le ciel savoyard : « C’est le secteur où l’accidentologie est la plus importante de France, tout est important et chaque pilote est responsable de ses passagers comme de lui ! » Du reste, Robin n’a pas cherché à se dédouaner de ses erreurs, affirmant à la juge Michelle Raffin : «  Cette affaire m’a coupé les ailes ; j’ai arrêté de voler et ne suis plus membre du club, j’ai bien pris conscience des risques que j’ai pu faire courir à mes clients. Le vol, c’est une passion, un rêve de gamin que j’étais heureux de faire partager ».

« J’ai eu la faiblesse de prendre les sommes… »

Aviateur depuis 1998, il devait renouveler son certificat de pilote avec un instructeur. « Pressé, ce dernier a noté 1h02 de vol alors que l’horamètre en indiquait 51 minutes. J’ai reporté ce dernier minutage alors que je n’avais aucun intérêt à tricher ». « À propos des baptêmes de l’air, a-t-il expliqué, j’ai été négligent, je ne me suis pas rendu compte que j’étais passé sous la barre des 25h nécessaires au remplissage de cette mission ». Il en affichait en l’occurrence 22. « Quant aux vols à coûts partagés, il s’agissait souvent de cadeaux, quand on me demandait un tour du mont Blanc, j’indiquais que cela pouvait coûter entre 200 et 250 euros selon le temps de vol. La plupart des personnes me donnaient une enveloppe avec plus, j’ai eu la faiblesse de prendre les sommes et de ne pas rappeler les gens si elles avaient donné trop ».

«  Vous avez plus de 20 ans d’expérience ! Vous entendre donner des explications aussi légèrement, sans y voir de malice, c’est effrayant. Des dysfonctionnements ont été enregistrés au sein de l’aérodrome de Tournon pour lesquels il a pris plusieurs rappels à la loi. Je me dis aujourd’hui que j’ai bien fait de vous poursuivre pour vous permettre de prendre conscience de la gravité des infractions commises ». La procureure estime que Robin a aussi exercé une concurrence déloyale à l’égard des sociétés de transport aérien : «  Alors que vous n’avez pas de licence d’exploitation et que les règlements y sont nettement plus draconiens ».

Maître Lala Bouali s’est demandé pourquoi imposer une telle audience à son client « alors que ce n’est pas un délinquant, il n’a pas de casier et n’a jamais fait preuve de suffisance au cours de l’instruction ! L’argent qu’il a touché en trop, soit 16 euros de plus par vol ? Certains clients ont affirmé qu’ils considéraient cela comme un pourboire ! » Demandant la relaxe pour fausse déclaration, il s’insurge : « Il existe des fautes de gestion gigantesques au sein de ce club, si une infraction a été commise, c’est à son instructeur qu’elle incombe ! »

Robin a été condamné à une peine d’amende de 3000 euros dont 2 000 avec sursis, ainsi qu’une amende de 200 euros pour l’exercice de transporteur aérien sans licence d’exploitation.Johan Fabin