L’Arlésienne d’un tunnel sous la Faucille

1843: la route de Saint-Claude à Gex avec un projet de tunnel sous la Faucille.
1843: la route de Saint-Claude à Gex avec un projet de tunnel sous la Faucille.

Le désenclavement du Pays de Gex, on l’ignore généralement, a été longtemps envisagé par le percement d’un tunnel sous le col de la Faucille. Le massif du Jura comporte en effet, du nord au sud, peu de points de contournement pour rallier l’ouest et l’est du massif : le passage de Jougne, le col de la Givrine, le col de la Faucille et, bien sûr le passage du Fort-l’Ecluse par Bellegarde.

Trop de neige l’hiver dans le col

Le problème, avec le col de la Faucille, c’est la viabilité hivernale : altitude, enneigement abondant, congères jusqu’à 4m d’épaisseur… Le déneigement du col a de tout temps constitué un vrai problème. Or la Faucille, c’est l’accès au Pays de Gex et à Genève depuis Saint-Claude et le Jura.

Un projet qui remonte au XVIIIe siècle

Aussi l’idée d’un passage sous la montagne est-elle née très tôt : le cartographe Cassini (1714-1784) y avait déjà pensé au tournant du XVIIIe siècle, et aurait dessiné un premier tracé en 1766. A cette époque, Louis XV envisageait une voie Paris-Genève par Lons… Napoléon reprendra l’idée plus tard, mais se contentera de faire percer une galerie de 27m en dessous du Pailly pour améliorer la vieille route du col. Il faudra ensuite attendre Joseph Cordier, ingénieur des Ponts et Chaussées, candidat député du Jura, pour proposer en 1827 le percement d’un tunnel. L’idée sera reprise et défendue par la société civile genevoise, ainsi que par les Jurassiens. Un tracé chiffré est établi en 1843.

Deux voies de circulation

Le tunnel ne partirait pas du fond de la vallée de la Valserine, mais du sommet d’une rampe d’accès avec un percement de 1 420 m arrivant au niveau du Pailly. Le projet prévoyait deux voies de circulation et un caniveau central… Le tout pour 1,3 million de l’époque. L’armée s’y opposera, prétextant une fragilisation de la défense du col. De plus, le département de l’Ain est réticent à ce projet jurassien sur son territoire. Il le sera d’ailleurs de façon récurrente. Un autre projet somptuaire sera élaboré, à un prix faramineux (4,5 millions) qui l’enterrera mort-né.

Le ferroviaire entrera dans la réflexion en 1845. L’Ain rechigne : percer la Faucille pour Gex et Ferney… Il est bien plus intéressant de desservir par le train Nantua et Bellegarde, voire Culoz. Les Genevois poussent pourtant à la roue. Un projet est même présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1900. En 1902, on parle d’un Saint-Claude/Echenevex.

En 1903, la société PLM, Paris-Lyon-Méditerranée imagine un projet plus au sud, sous le Colomby de Gex, pour arriver à Crozet. Mais la PLM veut aller jusqu’à Genève et les CFF disent non. Fin du projet, on n’avait jamais été aussi près…

Il reviendra encore souvent sur le tapis, sous différentes formes. Aucune n’aboutira (lire encadré).

Remerciements à Marc Forestier pour ses précieuses informations.