Election présidentielle : les réactions dans le Chablais

Election présidentielle : les réactions dans le Chablais

Patrice Thiot, potentiel candidat Horizons (majorité présidentielle) aux élections législatives

« Les résultats locaux sont assez similaires aux nationaux. Il y a une satisfaction de voir Emmanuel Macron progresser sur les secteurs de Thonon et Evian. Mais il y a aussi une progression de Marine Le Pen qui est inquiétante. Sur Thonon, LR ont vraiment fait une chute extraordinaire. Tandis qu’à gauche, un vote utile s’est fait en faveur de Jean-Luc Mélenchon.

Je crois au message d’Emmanuel Macron lorsqu’il dit que rien n’est joué, il faut continuer à convaincre les gens. Un vrai travail est à faire pour aller à la rencontre de la population, défendre le bilan du Président qui, quoi qu’on en dise, est très bon. On a déjà une réunion aujourd’hui pour savoir comment on va être présent pour inciter à voter Emmanuel Macron, comme on l’a fait au premier tour. On a été sur toutes les communes, contrairement à d’autres partis.

À propos de l’abstention, je pense personnellement qu’il faut absolument réformer la façon dont on vote. Une grande part de la population ne va pas voter par empêchement, par exemple. Il faut aussi continuer de convaincre de l’utilité du vote mais une majorité l’a compris désormais, je pense. »

Christophe Arminjon, maire de Thonon-les-Bains

« Cette drôle de campagne que nous avons vécue a finalement accouché de quelque chose d’assez prévisible. L’étroitesse qui sépare la seconde et le troisième candidat est toutefois assez surprenante. Une preuve, s’il en fallait une, que le pays va mal. Je n’ose pas imaginer ce qui serait arrivé si on avait eu comme choix au second tour l’extrême droite ou l’extrême gauche. Personnellement, ça m’aurait glacé, pour nos institutions.

Concernant les partis traditionnels de gouvernement, le PS se retrouve durablement effondré avec une crise dans ses lignes directrice et philosophique. Pour LR, même si le score est affligeant, ce n’est pas la même chose. Je pense que ce parti à une capacité de résilience plus forte car encore très ancré localement avec des élus de cette mouvance. En revanche, il y a une vraie crise de leadership qui dure depuis un certain temps.

Sur le plan local, Jean-Luc Mélenchon arrive en seconde position à Thonon, ce qui m’a un peu surpris. Quand on additionne toutes les voix à droite, le réservoir est tout de même bien là. C’est difficile à analyser. Il y a peut-être un apport de nouveaux électeurs, plutôt jeunes, qui d’entrée sont anti-système. C’est le travail des partis politiques de faire de la pédagogie, montrer que le système, bien qu’imparfait, est loin d’être inutile et qu’il ne faut pas s’en affranchir.

Je ne ferai pas d’appel au vote car il s’agit d’une élection nationale et je suis un élu de terrain. Personnellement, je voterai sans hésitation pour Emmanuel Macron. »

Jean-Baptiste Baud, conseiller municipal à Thonon et conseiller régional socialiste

« On note qu’un vote utile a joué autant à droite qu’à gauche. Les partis traditionnels se trouvent très affaiblis alors qu’ils sont à la tête d’institutions locales. Les Français ne leur ont pas fait confiance pour la présidentielle.

En ce qui concerne le Parti socialiste, un travail de reconstruction n’a pas assez été mené depuis 2017, qui avait déjà marqué un affaiblissement conséquent. Il faut prendre acte des résultats et lancer cette reconstruction de fond en comble.

À échelle locale, un vote utile a aussi eu lieu en faveur de Jean-Luc Mélenchon à Thonon. C’était déjà un peu le cas la dernière fois. Il est parvenu à faire une campagne dans laquelle il a convaincu une partie assez large de la gauche, contrairement aux partis plus traditionnels. C’est quelque chose qu’on avait senti venir dans les dernières semaines. À Thonon ou même en Haute-Savoie, le vote d’extrême-droite est souvent un peu plus faible et il y a, sans surprise, un fort vote pour Emmanuel Macron venant autant du centre que de la droite. On observe aussi qu’à Thonon, qui est quand même plutôt LR, Valérie Pécresse est quand même assez bas, à son score national.

Au second tour, sans hésitation, je ferai barrage au Rassemblement national avec le bulletin Emmanuel Macron car il y a un vrai risque d’accession de l’extrême-droite au pouvoir. J’attendrai des signes du président sortant pendant ses 15 jours de campagne, pour qu’il prenne en compte le fait que des personnes iront voter pour faire barrage et pas par adhésion. »

Andréa Kotarac, président du groupe Rassemblement national et localistes à la Région

« Le Chablais a toujours fait preuve de surprises, même en 2017 avec certains scores élevés de Jean-Luc Mélenchon. Ça reste une élection nationale avec des logiques nationales, qu’on retrouve dans le vote pour Marine Le Pen en vallée d’Abondance ou dans le Gavot. C’est vrai qu’à Thonon et Evian, Jean-Luc Mélenchon est devant Marine Le Pen, dont acte. Mais il n’est pas au second tour et il faudra voir comment se reportent les voix.

Maintenant c’est une nouvelle élection qui s’ouvre. Avec des enjeux sociaux (la retraite, les services publics), des agressions qui se multiplient. La question, c’est si les Français veulent continuer avec Emmanuel Macron. En face, Marine Le Pen est raisonnable, préparée.

Marine Le Pen est au-dessus de son score de 2017 alors qu’il y a des concurrents : Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, soutenu par Florian Philippot. Je pense que ces résultats montrent que le clivage gauche/droite n’existe plus mais qu’il y a de nouveaux clivages entre les élites et le peuple, notamment. »

Nicolas Rubin, maire de Châtel, conseiller départemental (Les Républicains), président des maires de Haute-Savoie

A propos des résultats de Châtel (Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Eric Zemmour puis Valérie Pécresse) : « Ce n’est pas surprenant. Les électeurs y ont été avec leurs convictions. Sûrement que les votes extrêmes manifestent un mécontentement, le coup de gueule du 1er tour. S’il y a une satisfaction, c’est la participation qu’on n’avait pas estimée à ce niveau.

Emmanuel Macron mène une politique de droite modérée et finalement en face de lui, la candidate LR n’a jamais été dans le coup. Il aurait fallu une candidature qui détienne une stature et une autorité naturelle comme on l’a connu en 2007 avec l’effervescence Sarkozy. Mais ça, c’était avant. La séduction n’est plus celle qu’elle était et je crois pouvoir le dire pour la majorité des partis.

C’est la chute finale LR. Le national subit en priorité le travail des forces locales et territoriales, c’est un fait. On ne peut pas accuser Valérie Pécresse de supporter seule cette défaite. Le résultat pour la Haute-Savoie démontre que tout est à reconstruire aussi. Il faut en tirer les enseignements avec courage. »

Sophie Boussemart, candidate écologiste investie aux législatives

« On est déçus. On a beaucoup d’humilité face à ce score qui montre qu’on n’a pas su incarner l’alternative et mettre le climat au cœur de la campagne. C’est aussi une thématique qui a été très peu abordée avec la guerre en Ukraine. Il faudra en tirer les conséquences.

Les scores dans le Chablais sont à l’image des scores au niveau national, avec plus de voix dans les villes comme Evian et Thonon. Je pense que le vote utile à gauche a eu des effets même dans le Chablais, avec des gens qui ont choisi de faire barrage à Marine Le Pen dès le premier tour en votant pour la France insoumise.

L’extrême-droite est un danger donc on appelle à mettre un bulletin Macron dans l’urne mais ce n’est ni un quitus, ni un soutien. »

Fabien Trombert, maire de Morzine

« On a été très surpris, il y a eu beaucoup de monde, avec plus de 80 % de taux de participation. Et ce, toute la journée. On a même eu pas mal de procurations, les gens voulaient vraiment voter.

Concernant les résultats, Emmanuel Macron arrive largement en tête avec 43,64 % des votes, suivi de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Derrière, c’est assez mélangé. Ce résultat, il s’explique peut-être par un besoin de stabilité dans les stations. C’était un vote rassurant. On travaille beaucoup avec le tourisme, donc on vote pour la stabilité plutôt que pour le changement. C’est quelque chose qui nous fait peur dans notre secteur. »

Gil Thomas, maire de Cervens

« On a eu une forte participation. Si on cumule Mélenchon et Roussel, la gauche se place en tête face à Macron dans notre commune. En tant que maire, je suis fier de voir que notre petit village résiste. Il reste une identité forte campée à gauche, et on arrive à garder cette particularité, dans un Chablais où le Rassemblement National prend de l’ampleur.

Malgré tout, on voit bien que Cervens évolue à l’image de la société. Les nouveaux arrivants n’ont pas forcément cette culture de la gauche. Mais je reste agréablement surpris de voir que nationalement, plus de 30 % des 18-25 ans ont voté Mélenchon. Ça montre bien que la jeunesse cherche autre chose.

Aujourd’hui, j’appelle donc à se déplacer pour aller voter Macron, c’est la seule manière de faire barrage au Rassemblement National. J’ai toujours été dans cette optique-là. Notre société ne peut pas se plaire dans une politique comme la leur. »

Daniel Magnin, maire de Maxilly et candidat savoisien aux législatives

« L’histoire se répète, ce n’est pas une surprise. Hier, il n’y avait que deux affiches devant le bureau de vote de la salle des fêtes, celles de Marine Le Pen et Emmanuel Macron, collées par des sympathisants. Des gens disaient en rigolant qu’on était prêts pour le second tour.

Dans les petits villages alentours, comme Meillerie où Marine Le Pen est en tête, on voit le poids des différences démographiques, qui évoluent à mesure qu’on se rapproche des villes. C’est la ruralité qui s’exprime. Au niveau rural, on est plus dans la catégorie chasse, pêche et tradition. Le score de Jean Lassalle (que Daniel Magnin avait parrainé, NDLR), est flatteur.

Pour moi, le vote pour Emmanuel Macron s’explique par une envie de stabilité, il apparaît comme la solution la plus sage. Jean-Luc Mélenchon, c’est un vote contestataire, comme Marine Le Pen, mais plutôt dans les quartiers avec des logements sociaux. C’est donc logique qu’il soit devant Marine Le Pen à Evian comme à Thonon. »

Christophe Songeon, maire de Ballaison et potentiel candidat Horizons (majorité présidentielle) aux élections législatives

« Les résultats me conviennent parfaitement ! Ils vont dans le sens que j’espérais, pour Macron. Je suis également rassuré que beaucoup de gens soient allés voter, notamment dans ma commune où la participation est de 76 %. On aurait pu craindre que les gens s’expriment dans les extrêmes…

Les résultats montrent que Les Républicains n’ont plus le vent en poupe. Ils sont en perte de vitesse. Ils devraient peut-être penser à proposer une politique plus proche de la population, avoir un état d’esprit plus ouvert que les partis clivants qui font de faibles scores aux présidentielles.

Pour le second tour, le soutien la majorité d’Emmanuel Macron. Il est selon moi hors de question que les extrêmes arrivent au pouvoir. »

Claude Manillier, maire de Perrignier (Les Républicains)

« Les LR ont fait un flop. Je n’ai pas participé à cette élection, ni en amenant mon soutien ou en parrainant un candidat alors que j’avais soutenu Laurent Wauquiez aux régionales. Déjà au départ, je suis contre les primaires.

Concernant mon adhésion au parti, je vais laisser passer les législatives avant de me positionner complètement.

Historiquement, le Chablais est orienté à droite depuis des décennies, cela ne s’est pas démenti lors des dernières élections municipales, départementales et régionales. Cela ne s’est pas vu lors de cette élection car même à Thonon-les-Bains, Valérie Pécresse est battue par Dupont-Aignan et Yannick Jadot ! On a beau être une terre de droite, on a vu que Jean-Luc Mélenchon avait rebattu les cartes. Il y a un vrai souci de fond, on s’aperçoit que les combats historiques droite/gauche n’existent plus au profit de nouveaux partis.

Localement, il y a une vraie raison à cela : on accueille 3 500 habitants supplémentaires par an dans le Chablais et la plupart des communes doivent avoir un certain taux de logements sociaux. Forcément, les habitants qui arrivent ne sont plus la ‘‘droite ancrée chablaisienne’’ qu’on a connue. Il y a un changement de paysage. Ils attendent probablement autre chose des pouvoirs publics que ce qu’attendaient les gens d’ici. Ça se traduit dans les urnes. »