Nantua : l’orgue de l’abbatiale ressuscité

Le buffet de l’instrument.
Le buffet de l’instrument.

C’est l’organiste titulaire du grand orgue de Notre-Dame de Paris, Philippe Lefebvre, qui jouera exceptionnellement sur cet instrument que René Livron qualifiait de « cheval de race ».

Philippe Lefebvre n’est pas un inconnu pour l’orgue de Nantua puisqu’il a réalisé sur cet instrument, en 1976, un disque disponible aujourd’hui en CD, L’œuvre pour l’orgue de Schumann. C’était alors la première fois au monde que ces pièces étaient enregistrées !

Une programmation éclectique

Philippe Lefebvre se produira dimanche 15 mai à 17 h dans un programme avec des œuvres de Bach, Boëly, Mendelssohn, Schumann, Franck et Duruflé. Il conclura sa prestation par une improvisation dont il s’est fait une réputation au niveau mondial. Ce concert sera diffusé sur écran géant dans le chœur.

Auparavant à 16 h 30, Monseigneur Roland, évêque de Belley-Ars, bénira l’orgue.

La veille, samedi à 17 h en l’abbatiale Saint-Michel, une conférence se tiendra sur la restauration de l’orgue par le facteur qui a géré ces travaux : Jacques Nonnet. Philippe Lefebvre sera lui à la console de l’orgue et par le biais d’un grand écran donnera des compléments d’explication.

Un orgue unique

Construit à Mirecourt (Vosges) en 1845, cet instrument arrive en 1847 à Nantua… sur des chars tirés par des bœufs.

Comportant 2 883 tuyaux, cet orgue témoigne aujourd’hui de la facture de Nicolas-Antoine Lété, puisqu’il ne reste en France que trois orgues non modifiés de ce facteur d’orgue.

« Il est l’un des rares témoins intact et homogène de cette facture romantique dite de transition à mi-chemin entre l’orgue classique et l’orgue symphonique », pour René Saorgin, qui a enregistré aux claviers de l’orgue de Nantua, en 1976, le disque Œuvres d’orgue de Lefébure-Wély .

Une association dynamique

Pour préserver cet instrument exceptionnel, les organistes titulaires de l’époque Jeanne Carrier et Joseph Bassompierre décident de créer en 1970, l’Association des amis de l’orgue de Nantua.

Leur action se concrétise par le classement des parties musicales de l’orgue en 1976.

En 1994, une nouvelle équipe sous la houlette de Renaud Donzel décide de poursuivre la préservation de l’orgue, avec comme but l’obtention du classement du buffet et le relevage de l’instrument.

En 2015, le buffet est classé monument historique. L’année suivante, en juillet 2016, le facteur d’orgue Jacques Nonnet entreprend la restauration complète de l’instrument, chantier terminé récemment.

Ce week-end à Nantua, c’est l’occasion unique de découvrir un magnifique instrument, à la sonorité exceptionnelle, dans le cadre d’une des plus belles églises romanes de l’Ain.

Qui a restauré l’orgue  ?

Le maître d’œuvre de cette opération de restauration est le technicien-conseil Eric Brottier.

Pour mener à bien cette restauration, Jacques Nonnet était accompagné d’une équipe de 6 personnes : Pacôme Le Coarer, Etienne Grasset, Claude Beroud-Blanc, Bruno Sabathé, Jean-Yves Leclerch et François-Xavier Moing.

Depuis 2019, l’Association des Amis de l’Orgue est devenue Association des Amis de l’Orgue et de l’Abbatiale Saint-Michel. Elle entend continuer à faire connaître l’orgue mais aussi à mettre en valeur l’abbatiale.

Nicolas-Antoine Lété: un parcours peu classique

Nicolas-Antoine Lété.

Né le 23 mars 1793 à Mirecourt, Nicolas-Antoine Lété devient, dès l’adolescence, apprenti luthier chez son père, qui a une fabrique et un commerce d’instruments de musique à Paris.

A 21 ans, il part à New York et la Havane où il vend les instruments de son père et répare des orgues. Il fait ainsi fortune dans le Nouveau Monde.

Un ingénieux facteur

Sept ans plus tard, il revient en France, reprend le commerce de son père à Paris, et s’intéresse à la facture d’orgue.

Il applique dès 1825 le principe de la boîte expressive aux orgues à cylindre, ce qui lui vaut la médaille d’Encouragements et récompense à l’industrie en 1827. En 1829, il expérimente le premier clavier transpositeur sur un orgue d’accompagnement destiné à l’église Saint-Leu de Paris.

Facteur du Roi

En 1832, il s’installe à Mirecourt au moment où Cavaillé-Coll (facteur d’orgues renommé) s’installe dans la capitale. Entouré d’une équipe de quatre personnes, il emploie 30 sous-traitants dans la ville et 21 finisseurs dans son atelier. La perfection de son travail lui permet d’obtenir le brevet de facteur du Roi et de vendre ses orgues à l’étranger.

De 1832 à 1849, il réalise 74 orgues à cylindre (dont un est aujourd’hui dans l’Illinois !), 23 orgues d’église de 8 à 42 jeux (dont celui de Nantua) et en rénove seize.

Il décède à Mirecourt le 7 janvier 1872.

Selon Jean-Marie Meignien, Nicolas-Antoine Lété s’inscrit en matière d’orgue dans une « tradition évolutive », entre classicisme qui s’achève avec la Révolution et le Romantisme.

Sources : Inventaire des Orgues de Lorraine – Vosges