Chambéry : « On est venus chercher une formation abattage et travail post-tempête »

Clément et ses quatre collègues ont les pieds dans le ruisseau de Ternèze, à proximité du lac de La Thuile. Sous le regard de Yann Rassat, responsable pédagogique au Domaine de Reinach, ces forestiers sapeurs élaguent, à la tronçonneuse, des branches d’arbres en tension au-dessus du cours d’eau.

Or, l’un d’entre eux manque à l’appel. Antoine est à l’écart, allongé sur un talus. Il semble conscient mais il reste prisonnier des branchages. Que lui est-il arrivé ? Rapidement, ses camarades cessent leur activité pour lui porter secours. Un pompier est également sur place.

Interventions d’urgence et difficiles

Pas de panique. En réalité, il s’agit d’un exercice effectué dans le cadre d’une formation des forestiers sapeurs de l’Hérault, dispensée par le Centre de Formation Professionnelle et de Promotion sociale Agricole (CFPPA) Reinach, l’établissement situé à La Motte-Servolex.

« On est venus chercher une formation pour tout ce qui est abattage et travail post-tempête, puisque ça fait partie de nos missions d’intervenir après les tempêtes, les gros coups de vent pour débarrasser les cours d’eau, ponts et voies existantes d’embâcles , c’est-à-dire des arbres ramenés par les eaux », explique Guilhem Tricou, le chef de groupe héraultais.

À cause du dérèglement climatique, les épisodes orageux sont de plus en plus violents. D’où la mise en place du Plan tempête, initié par le Ministère de l’Agriculture et de la Forêt, dont le but est d’organiser leur intervention « rapidement, avec efficacité ». Et en toute sécurité.

Fatigue, stress, pression

C’est la raison pour laquelle, lors de cette semaine, ces bûcherons ont revu les fondamentaux théoriques avant d’être mis en situation, parfois dans des conditions hostiles – ce fut le cas ce mercredi-là avec un exercice en nocturne – générant de la fatigue, du stress, de la pression.

Eux qui habituellement travaillent en binôme – « un coupeur et un ramasseur de branches » – ils ont pu alterner exercices d’abattage d’arbres en tension et secours à la personne lors de cette formation intitulée «Utilisation en sécurité de la tronçonneuse, techniques et réflexes adaptés aux conditions difficiles».

Cet entraînement est un plus pour ces forestiers sapeurs pour qui l’année se scinde en deux temps. « Durant les dix mois d’hiver, on entretient les bords de route afin que l’été, lorsque les feux arrivent, on ait la possibilité d’avoir moins de problèmes, explique Guilhem Tricou. Nous travaillons aussi l’été en temps que primo-intervenant sur les feux naissants, en collaboration avec le SDIS ».

Forestier sapeur

Salariés de leur conseil départemental, les forestiers sapeurs n’existent qu’en Corse et dans 5 autres départements français, tous du bassin méditerranéen (Ardèche, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Hérault, Var). Dans l’Hérault, ils sont 105 à l’exercer. « Essentiellement dans le nord du département, là où il y a le plus de forêts. Par contre, on n’est pas sur le littoral », distingue Guilhem Tricou, le chef de groupe. Ce sont comme des sentinelles de forêt.

Reinach Formations, en pointe pour ce genre d’intervention

La formation post-tempête est dispensée par le centre Reinach depuis 2010.

C’est la troisième année que les forestiers sapeurs de l’Hérault viennent développer leurs compétences à Reinach Formations.

À chaque fois, par groupe de dix bûcherons.

« C’est une formation courte, professionnelle et pointue, résume David Jouve, directeur du lycée Reinach depuis septembre 2021. C’est amené à se dupliquer sur le territoire français. Il faut se préparer à ces changements climatiques ».

Aujourd’hui, ce sont les Héraultais qui profitent de cet apprentissage en situation d’urgence et difficile. Mais l’établissement basé à La Motte-Servolex, le seul à dispenser cette formation grâce à Jean-François Beccu, reste ouvert à d’autres professionnels pour partager son savoir-faire sur des chantiers du bassin chambérien. Des chantiers sur lesquels les embûches ne manquent pas : arbres déracinés, en tension, cassés, encroués…

40 forestiers sapeurs déjà formés

Les forestiers sapeurs, épaulés par le responsable pédagogique de cette formation, Yann Rassat, ainsi que par un pompier du SDIS, sont confrontés à plusieurs scénarii.

Ils doivent alors intervenir de manière efficace et en toute sécurité, aussi bien pour eux que pour d’éventuelles personnes en détresse. Parfois, ils doivent composer avec un environnement hostile (nuit, cours d’eau, pente…).

Depuis 2010, le centre de formation Reinach a formé plus de 40 forestiers sapeurs sur cette thématique spécifique, au cours de laquelle la manipulation de la tronçonneuse doit faire l’objet de technicité face à la dangerosité d’une situation post-tempête.