Gabriel Doublet : « Les promoteurs disaient que nous étions des marxistes-léninistes »

La règle des trois tiers s’applique désormais pour les nouvelles constructions de l’agglomération d’Annemasse. Photo Kaptura
La règle des trois tiers s’applique désormais pour les nouvelles constructions de l’agglomération d’Annemasse. Photo Kaptura

En septembre 2021, Annemasse Agglo adoptait un nouveau SCoT (Schéma de cohérence territoriale) ambitieux, avec la règle des trois tiers pour les nouvelles constructions (un tiers de logements locatifs sociaux ; un tiers de logements abordables, dont l’accession sociale ; un tiers de logements libres) et une croissance démographique annuelle contenue à 1 %. De son côté, la CCG se fixait un objectif de 2 % dans son dernier projet de territoire, voté en décembre 2021.

Une harmonisation est-elle possible entre les deux intercommunalités, alors qu’elle ne se fera en tout cas pas à l’échelle du Pôle métropolitain ?

Gabriel Doublet  : « Oui, on en parle, on réfléchit sur le périmètre sur lequel on peut travailler. On n’ira effectivement peut-être pas tous à l’échelle du Pôle, mais il y a un groupe moteur qui est prêt à y aller. »

Pierre-Jean Crastes  : « L’idée est de valider un périmètre en 2022 pour y aller concrètement l’année prochaine. On travaille sur un scénario minimum avec Annemasse Agglo, la CCG, le Pays bellegardien, Pays de Gex Agglo et peut-être d’autres. »

Pierre-Jean Crastes, pourquoi la CCG ne s’est-elle pas alignée sur les 1 % d’Annemasse Agglo ?

Pierre-Jean Crastes  : « On est à 3,5 % aujourd’hui. Je ne fais pas référence à Annemasse Agglo en disant cela, mais je prends des engagements que je sais tenir. Quand on regarde les permis de construire délivrés entre 2018 et 2021, on maintient ou on dépasse les 3,5 %. Nous avons des coups partis qui sont très difficiles à absorber, parce que des maires n’ont pas joué le jeu. Pour arriver à 2 % à la fin du mandat (2026), il faut serrer drastiquement la vis, sauf qu’il faut tenir compte des terrains déjà constructibles, des OAP (Orientations d’aménagement et de programmation), des droits acquis et du temps pour réviser les PLU (Plans locaux d’urbanisme). Nous y serons, mais la question est de savoir si on est à 2 % sur l’ensemble du mandat, soit depuis 2020, en tenant compte de ce qui est déjà parti. C’est cela qui sera dur. Il faudrait être à 1,2 % entre 2024 et 2026. Passer de 3,5 % à 2 % nécessite déjà des efforts extraordinaires. On part de beaucoup plus loin qu’Annemasse Agglo, pour différentes raisons. »

Gabriel Doublet  : « Oui et puis, la réalité nous dépasse toujours. Nous n’avions pas affiché des taux de croissance phénoménaux dans le SCoT précédent et ils ont pourtant été plus importants. Nous avons écouté la population, qui souhaitait calmer le jeu. Selon moi, la règle des trois tiers va plus freiner les choses que le taux de croissance désiré. »

Justement, arrivez-vous bien à appliquer cette règle ? N’y a-t-il pas des réticences de la part des promoteurs ?

Gabriel Doublet  : « Ils ont évidemment beaucoup pleuré au début, en disant que nous étions des marxistes-léninistes, que c’était impossible, inimaginable. Les règles ont un peu changé mais ils vont jouer le jeu. C’est sans doute sur le prix du foncier que l’ajustement va se faire. Ce sont les propriétaires qui risquent de râler un peu mais était-il normal d’être dans une bulle pareille, que les terrains s’arrachent à des prix pareils ? Non. Il y a à la fois l’objectif de loger ceux qui sont salariés en euros, avec ce fameux tiers d’accession sociale, et plus largement une volonté de maîtriser ces prix et de freiner l’excès de constructions. »

Au niveau de la CCG, est-il envisageable de généraliser la règle des trois tiers, comme ce sera le cas dans le quartier gare à Saint-Julien ?

Pierre-Jean Crastes  : « Ce ne sera pas tout à fait trois tiers car les équilibres du contrat étaient déjà validés en 2018-2019. Nous avons quand même des objectifs ambitieux, avec 25 % de social, 15 % d’abordable et le reste libre, sauf sur certaines opérations où on pourra faire mieux. Le vrai débat est : pour qui construit-on ? La règle des trois tiers est sans doute un exemple à suivre. Nous n’avions pas de SCoT en cours de révision pour l’inscrire. Il date de 2013. Nous attendons justement d’être à l’échelle métropolitaine pour donner de nouvelles prescriptions qui s’imposent aux PLU. »