Papeteries du Léman: «On touchait le papier à la main pour connaître l’humidité»

Roland et Claude-Lina Mattachione habitent toujours dans une cité Zig Zag.
Roland et Claude-Lina Mattachione habitent toujours dans une cité Zig Zag.

Qu’ils aient travaillé à l’usine ou vécu dans les cités ouvrières de Zig Zag, les Papeteries, qui fêtent leurs 100 ans cette année, ont marqué l’histoire des habitants de Publier et des alentours.

Gaston Lacroix, ancien agent de maîtrise et ex-maire de Publier

« Je suis entré en 1977 et je suis resté 33 ans. J’ai vécu de très belles années. L’entreprise a permis à beaucoup de familles de vivre. A l’époque, il y avait cinq machines et 80 % de notre production c’était du papier carbone. J’ai commencé pratiquement tout en bas, j’ai été apprenti trancheur, sécheur, conducteur, agent de maîtrise… J’ai vécu des changements technologiques très importants. J’ai eu la chance de travailler très artisanalement au début. On était vraiment papetier. Pour l’humidité du papier, on touchait la feuille à la main et on sentait si ce n’était pas trop sec. Petit à petit, les ordinateurs sont arrivés et tout se pilotait avec des programmes.

A la fin je travaillais sur la grosse machine, la machine 6, un monstre de mécanique. Il y avait une grosse solidarité. Parce que les 5x8 c’est dur, se lever à 3 heures du matin, travailler de nuit… Il y avait une bonne ambiance. Avec la vitesse des nouvelles machines ça a un peu diminué parce qu’il fallait être plus attentif pour réagir plus vite. J’ai vécu aussi des drames. Les machines ont avalé des hommes. »

Claude-Lina et Roland Mattachione, habitants de la cité-ouvrière de Vongy

Chez les Mattachione, Zig Zag était une affaire de famille. Le grand-père paternel, papetier en Italie, a été recruté dans les années 1920 pour venir travailler à la papeterie. Sa famille a emménagé dans une des maisons de la cité ouvrière, construite à cette époque vers Vongy. La cité du haut, alors que celle du bas était située le long de la voie ferrée près de l’usine. Grands-parents maternels et paternels, oncles et tantes de Roland travaillaient à l’usine et habitaient dans la cité, où Roland habite depuis 1945. « Je portais les repas à vélo à mon papa qui faisait les 3x8, se souvient-il. A l’époque on rentrait dans l’usine même quand on n’y travaillait pas. » Son père, syndicaliste « faisait les piquets de grève, pour des meilleures conditions de travail ». « Ma mère a travaillé 44 ans à l’usine. Elle était contremaîtresse. C’était une bonne entreprise. Même si c’était un travail difficile. Elle disait que changer les feutres, c’était deux jours de pénible. » Dans les cités, l’ambiance était un prolongement de celle de l’usine. « On se connaissait tous. On s’entraidait. Mais on n’allait pas jouer dans l’allée pour ne pas réveiller ceux qui travaillaient de nuit. »