Albertville : la dernière danse d’Alexandre avant d’aller en prison

Albertville : la dernière danse d’Alexandre avant d’aller en prison

Albertville

Il était 23h40 quand le marginal, 49 ans, essaie d’intégrer un spectacle de country sans y être invité. Deux agents de la Police Municipale l’invitent gentiment à rester spectateur. Ce qu’il fait sans broncher dans un premier temps avant d’être à nouveau attiré par les lumières de la pistes. Extrait avec un peu moins de ménagement, il s’adosse contre un magasin et remplace la danse par un chant qui va très vite chauffer les policiers «  Fils de pute, je t’encule, je sais où tu habites, je vais te tuer, toi, ta soeur, ta mère et toute ta famille ». Le tout chorégraphié avec des doigts d’honneur. La suite est plus confuse. Interpelé il crache sur les policiers, tente de leur mettre des coups de pieds. Bref, perd tous ses moyens.

Présenté devant le tribunal d’Albertville, Alexandre expédie l’avocat qui lui est proposé et, les yeux baissés, écoute la juge Emilie Aubert rapporter les faits. « Avez-vous pu faire ça  ? l’interroge-t-elle ». « En état d’ivresse, c’est fort probable ». « ça vous surprend  ? » « Non » « Vous avez un problème avec votre consommation d’alcool  ? » A la juge interloquée, Alexandre rétorque « Je choisis de me taire ». Sans se démonter et avec douceur, elle tente d’en savoir plus sur la soirée. Peine perdue, le prévenu est devenu un mur de silence. Alors la magistrate raconte son parcours chaotique, l’homme est célibataire, sans enfant, plus de famille, pas de domicile, un parcours de réinsertion jamais abouti. 9 condamnations pour outrages à son casier. Alexandre se tait, regardant de temps en temps, le visage perdu, un policier. Comme un fils son père.

« C’est désarmant de ne pas le voir répondre regrette la procureure Aurélie Goutagny. C’est une personne marginale qui vit en dehors des clous et l’assume, il ne fait parler de lui que quand il est extrêmement alcoolisé ». Alexandre n’apportant aucune garantie, elle demande une peine de un an de prison ferme avec mandat de dépôt. Dans un ultime effort, la juge essaie d’arracher un mot à Alexandre, une dernière ligne de défense. Rien. Le silence. Et une peine de 5 mois ferme à laquelle il ne réagit pas. Avec les policiers, il se remet à parler. Il a l’air gentil, paumé. C’est triste.

Johan Fabin