Ils percutent leur cousin avec leur voiture : prison ferme pour deux Thononais

Les faits se sont produits le 1er avril 2021 avenue du Général-de-Gaulle, tout près du fleuriste.
Les faits se sont produits le 1er avril 2021 avenue du Général-de-Gaulle, tout près du fleuriste.

C’est un dossier qui a failli être jugé aux Assises. Deux Thononais comparaissaient au tribunal correctionnel de Thonon mardi 28 juin, non pas pour tentative d’homicide, mais pour violence aggravée. Une affaire de famille qui a très mal fini.

Un conflit familial

Les deux hommes, deux cousins éloignés âgés de 38 et 43 ans, sont accusés d’avoir percuté en voiture le cousin de l’un d’entre eux. Des faits qui ont pris place en pleine journée dans la très passante avenue du Général-de-Gaulle, devant une boutique de fleurs, en avril 2021.

Les six heures de débat n’auront pas tiré cette histoire complètement au clair, les prévenus ayant eux-mêmes accusé la victime, ivre à 12 h30, d’avoir sauté sur le capot de leur voiture.

Au départ de l’affaire : un garage sous-loué au fils du cousin. Ne respectant pas les parties communes, il lui est demandé de quitter le box. Un conflit naît de cette situation.Ainsi, c’est tout près de l’habitation du propriétaire du garage que les faits se sont produits.

« J’ai cru qu’il était mort »

Des témoins racontent la version suivante : les deux cousins arrivent dans leur voiture avenue Général-de-Gaulle. Au volant, le plus âgé fait un écart et vient percuter la victime qui les attend à l’angle du fleuriste. Ce dernier est projeté contre le mur et tombe au sol. « J’ai cru qu’il était mort », lit-on dans une déposition. La voiture, une 307, s’arrête. Les deux hommes sortent, l’un vient donner des coups de pied à la victime au sol, tandis que l’autre agresse le couple d’amis qui l’accompagne et qui tente de s’interposer.

Puis la scène de violence prend fin lorsque les deux hommes s’éloignent à quelques mètres. La police et les secours arrivent sur place. Le duo est embarqué. La victime a plusieurs vertèbres cassées et l’épaule droite très abîmée. Elle a 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT). Deux jours après, les deux cousins sont incarcérés. Ils ont effectué 15 mois de prison préventive lorsqu’ils sont présentés au juge mardi.

Chacun leur tour, ils ont pu s’exprimer sur les faits. Et leur version diffère. Ils n’auraient pas foncé sur la victime, ils ne l’auraient pas frappé. « Il nous a tendu un piège », assure le plus âgé. « On n’a pas pris la fuite », renchérit son acolyte.

Et au vu des réquisitions du Parquet, les efforts des avocats pour défendre leur position ont semble-t-il fonctionné.

« Le doute bénéficie au prévenu »

Maître Frédéric Noetinger-Berlioz, l’avocat de la victime, a dénoncé « les mensonges réitérés » des deux compères ainsi que « la subornation de témoin  », exercée par les frères d’un des mis en cause.

Maître Lætitia Voisin a plaidé la relaxe pour son client, passager de la 307, démontrant l’imprécision des témoignages. « Le doute bénéficie au prévenu », a-t-elle indiqué. En écho à sa plaidoirie, Maître Georges Rimondi, défenseur du conducteur, a justifié « qu’il n’y pas d’intention d’homicide sans mobile » et pointé «les responsabilités partagées » entre les deux prévenus et la victime dans cette affaire.

Finalement, Selajdin et Armend Kolgeci ont été condamnés respectivement à 3 ans et demi de prison ferme et 2 ans avec maintien en détention. Ils ont l’interdiction de rentrer en contact avec la victime pendant 3 ans, et de détenir une arme pendant 5 ans.

De hautes peines requises

Pour Etienne Moreau, représentant du ministère public, cette affaire n’est rien d’autre « qu’un règlement de compte familial ». « Leurs actes ont failli coûter la vie à la victime pour un garage ! Pour quelques centaines d’euros. »

Il a requis 6 ans de prison ferme pour le conducteur et 4 ans pour le passager, sans que les peines ne puissent être aménagées. Ils ont été condamnés à un quantum deux fois inférieur.

Deux hommes qui ont connu la guerre au Kosovo

La personnalité des deux prévenus a été expertisée lors de la procédure judiciaire. Aujourd’hui installés à Thonon-les-Bains avec leur famille et leurs enfants, les deux cousins éloignés ont connu la guerre dans leur jeunesse.

Né au Kosovo en 1979 dans une fratrie de 7 membres, le plus âgé a quitté son pays à 18 ans pour la Suisse. Il est rappelé rapidement pour intégrer l’armée en 1998. Il est militaire pendant deux ans. Il revient ensuite en Haute-Savoie et voit sa demande d’asile accordée. Depuis 2006 à Thonon, il est père de 4 enfants. Il a été condamné en 2013 pour extorsion avec violence.

Son cousin éloigné est né en Yougoslavie en 1984. Habitant au Kosovo, il est séparé de sa famille à cause de la guerre en 1998 et part avec des voisins rejoindre un camp de réfugiés en Albanie. Son père est tué durant le conflit, il n’a que 14 ans. De retour dans son pays, il travaille à sa reconstruction dès ses 15 ans. Il arrive en France en 2007, à Annecy. Entre 2011 et 2017, il a été condamné 7 fois pour des délits routiers (défaut de permis notamment).

Avant son incarcération en 2021, il venait d’ouvrir son salon de coiffure à Thonon. Il est père de deux enfants.

La victime était le mari de la cousine germaine du plus jeune. Peu d’informations sur sa vie privée ont été dévoilées durant le procès. Originaire du Kosovo et parlant très peu le français, il a reçu le soutien d’une interprète durant l’audience.