Le gardien de la mémoire de Thollon-les-Mémises s’en est allé

Joseph Arandel a eu plusieurs vies.
Joseph Arandel a eu plusieurs vies.

Joseph Arandel nous a quittés le 17 juin. Sans doute son âme avait-elle rendez-vous aux Mémises avec les sociétaires, les fruitiers et les pâtres d’antan qui préparaient l’alpage pour l’arrivée des troupeaux traditionnellement fixée, à Thollon, le 20 juin. Tradition abandonnée du jour au lendemain, en 1953, avec la mise en service du premier ‘‘téléférique’’ et l’installation d’un câble à lait.

La vie moderne sonnait le glas de la fabrication du fromage en alpage. Né en 1930, Joseph Arandel a vécu pleinement dans ces deux mondes : laboureur, éleveur, employé lors de la construction du ‘‘téléférique Evian-Thollon’, puis pour les travaux des réseaux d’électricité et d’eau potable, il passa quelques saisons aux téléskis. Il fut embauché aux Eaux d’Evian en 1965.

Cultivateur toute sa vie chez lui au Hucel, musicien doué, il façonnait de beaux objets en bois.

L’œil bleu rieur, franc, toujours prompt au bon mot, l’homme était simple, très sociable, sensible et attentif aux autres. Mais, avec Joseph, on ne restait jamais longtemps à parler du monde comme il va sans que s’allume l’étincelle joyeuse ou édifiante d’un souvenir toujours à propos. Ainsi, de grandes échappées dans le passé s’imposaient et enrichissaient inlassablement le présent des conversations.

On venait le consulter comme on consulte un livre rare

Anecdotes mémorables, faits divers, événements singuliers, traditions, la vie de Thollon alimentait cette incroyable machine à remonter le temps. Joseph Arandel possédait une mémoire hors du commun. Mais ce qu’il faut souligner, c’est la façon dont il a cultivé et travaillé ses souvenirs si précieux, si nombreux, si variés, comme une parcelle prometteuse qu’on laboure qu’on engraisse et qu’on soigne afin qu’elle donne, le moment venu, les plus belles récoltes.

Les jours de mauvais temps, il sortait des cahiers d’écoliers et écrivait. Conteur doué, très drôle, jamais méchant, souvent ému aux larmes, toujours juste, sans mots inutiles, ses récits charmaient littéralement. L’homme était devenu, naturellement, au fil des décennies le gardien d’une mémoire liée à Thollon. Il savait beaucoup l’histoire des familles. Il restait souvent le dernier recours aux questions obscures de généalogie, de patois, de traditions… On venait le consulter comme on consulte un livre rare. Toujours le livre s’ouvrait avec bienveillance : n’affirmant rien sans savoir et disant sans hésiter son ignorance.

Cependant, Joseph Arandel n’était vraiment fier que d’une chose : sa famille. Sa femme Jeannine, ses enfants Michèle, Denis et Laurent, son gendre Jean-Charles, et ses petits-enfants Adrien et Romain.