La sécheresse, un nouveau stress pour les abeilles

Céline Riban vérifie l’état d’un de ses ruchers.
Céline Riban vérifie l’état d’un de ses ruchers. - Tom Amesz

Céline Riban, apicultrice, amène régulièrement de l’eau à ses abeilles : « Il n’y a plus de réserve d’eau disponible », explique-t-elle, donc les abeilles vont en chercher pour boire. De plus, le manque d’eau a des conséquences sur les fleurs. Avec moins de fleurs, il y a moins de nectar et les abeilles ont du mal à se nourrir. L’apicultrice leur apporte donc de la nourriture régulièrement.

Les abeilles ressentent aussi l’impact de la chaleur. « Elles doivent ventiler la ruche pour la maintenir à moins de 35ºC et ne volent pratiquement plus, décrit Céline Riban. Cela fait moins de pollinisation, moins d’abeilles disponibles pour aller chercher du nectar et faire des réserves ». L’apicultrice envisage ainsi de déplacer ses ruchers à l’ombre ou plus en altitude. « Mais nos ruchers ne peuvent pas être déplacés facilement. En plus, il faudra les déplacer à nouveau dès l’automne car la colonie ne survivra pas à l’ombre. »

Un métier de plus en plus technique

De manière générale, les miellées deviennent de plus en plus courtes. Les récoltes de l’apicultrice sur la saison complète sont bonnes, mais le miel de montagne, produit au plus fort de l’été, sera bien moins abondant. Céline Riban récolte habituellement une quinzaine de litres de miel l’été. Cette année, elle n’en a récolté que trois.

Vivre de ses ruches devient de plus en plus technique  : entre la présence de pesticides dans les champs, le manque de fleurs et d’espaces verts, et enfin le stress hydrique, « on est obligés d’accepter un taux de perte qu’aucun autre agriculteur n’accepterait », affirme-t-elle. Ses collègues les plus anciens racontent qu’autrefois, ils posaient les ruches au fond de leur jardin et que les abeilles se débrouillaient. Aujourd’hui, ce n’est plus envisageable selon l’apicultrice, à cause du climat et des frelons asiatiques.

Le groupement de défense sanitaire des abeilles en Savoie estime que le nombre de nids de frelons asiatiques dans les deux Savoie est passé de trois nids en 2018 à plus de 80 en 2021. Heureusement, Céline Riban n’en a pas encore croisé, « mais j’ai des collègues impactés. Je ne me leurre pas, ça m’arrivera ! » Repérer les nids en été est pratiquement impossible selon l’apicultrice. Pour lutter contre des attaques de frelons, il n’y a qu’une solution : déplacer la ruche. Encore.

L’arrivée du frelon asiatique

Repéré en Savoie en 2018, le frelon asiatique est un prédateur pour les abeilles. Il est reconnaissable à l’unique bande jaune qui barre son abdomen et à l’extrémité jaune de ses pattes.

Selon le Groupement de défense sanitaire des abeilles (GDSA), quatre nids de frelons asiatiques ont été détruits en 2021 dans la région d’Albertville. En tout, 25 référents sur le frelon asiatique ont été formés pour couvrir le département.

Sur son site, le GDSA donne des idées de pièges pour capturer ces insectes prédateurs, à base de cadres de ruches ou de morceaux de cadres contenant du miel ou des liquides sucrés. Toutefois, il précise que tous les autres insectes doivent être relâchés : abeilles, mais aussi guêpes et surtout les frelons européens, inoffensifs pour les abeilles.

Pour plus de renseignements, rendez-vous sur gdsa73.fr.

De plus en plus de difficultés à passer l’hiver

L’apicultrice est inquiète de l’hivernage de ses ruches.

À toutes ces contraintes durant l’été, il faut ajouter les conséquences qu’elles auront pendant l’hiver. « Si la miellée est bonne, la ruche peut tenir sur cette réserve jusqu’à septembre », décrit Céline Riban. C’est durant ce mois que l’essaim crée sa miellée de lierre, que les apiculteurs ne récoltent jamais et qui lui servira de réserve pendant tout l’hiver. Sauf que les réserves d’été qui permettent de tenir jusqu’à septembre s’amoindrissent énormément, selon l’apicultrice.

De plus, la sécheresse crée des problèmes jusqu’en automne. « S’il ne pleut pas assez, la miellée de lierre ne peut pas avoir lieu aussi bien, explique l’apicultrice. Le lierre a besoin d’eau. »

Ce manque de réserves pourrait conduire les abeilles à mal hiverner. « Les abeilles d’hiver vivent six mois, les abeilles d’été vivent un mois, décrit Céline Riban. La reine arrête de pondre en hiver. Les abeilles nées en septembre-octobre sont celles qui passeront l’hiver et si elles meurent trop tôt, la colonie pourrait ne jamais repartir. »

Céline Riban se dit inquiète pour l’avenir. « Les événements climatiques deviennent plus forts. Les plantes et les animaux les subissent de plein fouet, la chaîne est perturbée. »