Expérience émouvante à Annemasse : écouter un poème de Marianne Cohn devant l’école à son nom

La plus grande école primaire publique d’Annemasse porte le nom de Marianne Cohn depuis 1984.
La plus grande école primaire publique d’Annemasse porte le nom de Marianne Cohn depuis 1984.

À vrai dire, on ne s’attendait pas à être submergé par l’émotion en observant d’un œil le groupe scolaire du centre Marianne-Cohn et de l’autre le ballet quasi-incessant de véhicules dans la rue Aristide-Briand. Les larmes ne pouvaient pourtant que monter aux yeux à l’écoute d’un poème écrit en 1943, lors d’une première incarcération, par l’héroïque résistante, qui a convoyé des enfants juifs vers la Suisse, durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce poème, intitulé « Je trahirai demain », le voici :

« Je trahirai demain, pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,

Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.

Moi je sais.

Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.

Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui,

Demain.

Il me faut la nuit pour me résoudre,

Il ne faut pas moins d’une nuit pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis,

Pour abjurer le pain et le vin,

Pour trahir la vie,

Pour mourir.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui,

La lime est sous le carreau,

La lime n’est pas pour le barreau,

La lime n’est pas pour le bourreau,

La lime est pour mon poignet.

Aujourd’hui, je n’ai rien à dire,

Je trahirai demain. »

Marianne Cohn a été arrêtée au Pas-de-l’Échelle dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1944, puis incarcérée à la prison du Pax. Elle a été lâchement assassinée dans la nuit du 7 au 8 juillet, à Ville-la-Grand.