Rumilly: terminé le goudron, la cour d’école René Darmet joue la carte «nature»

Du bois, des végétaux, un sol qui respire : la nouvelle cour encore en chantier de l’école.
Du bois, des végétaux, un sol qui respire : la nouvelle cour encore en chantier de l’école.

Il y a fort longtemps, lors des récréations, les écoliers de France jouaient en général dans une cour au gravier certes poussiéreux, mais accueillant pour nombre de leurs jeux, entre billes, ballon ou jeux d’aventure, à l’ombre de marronniers généreux. Jusqu’à ce que, besoin de rationaliser ou de sécuriser, on décide de rendre « propres » ces terrains scolaires.

Pour éviter les batailles de marrons ou le ramassage des feuilles, les arbres ont été coupés. Et on a goudronné, rendant le sol imperméable.

Aujourd’hui, entre épisodes de sécheresse et inondations brutales, on a une conception différente de la gestion des eaux de pluie comme de celle de la biodiversité, un besoin fort de ramener la nature au cœur des villes.

Parmi les sites qui empêchent une infiltration naturelle des eaux de pluie, les cours d’école, de collège, de lycée ou d’université représentent des surfaces très importantes. Et un potentiel de désimperméabilisation fort.

Parallèlement, elles sont également un lieu de passage important où enfants, étudiants, passants peuvent être sensibilisés et reprendre conscience de l’eau, de son cycle et de l’importance de l’infiltration.

Objectif : désimperméabiliser !

C’est pourquoi, cet été, le goudron de la cour de récréation de l’école élémentaire René Darmet a été entièrement décaissé et remplacé avantageusement par des pavés de béton aérés noirs et blancs, qui permettent à l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol et d’alimenter la nappe phréatique.

Dans le même esprit, un fossé végétalisé a été créé du côté de la rue des écoles pour traiter l’évacuation des eaux de pluie directement dans le sol, sans le raccordement classique au réseau des eaux pluviales.

Pour les jeux et la détente

Partout dans la cour, des îlots de verdure seront créés avec de nouvelles plantations d’arbres, arbustes et plantes vivaces, pour créer, avec les arbres existants, de nouvelles zones de fraîcheur.

Avec des îlots de jeux au sol couvert de copeaux de bois et de gros troncs de chêne disposés en amphithéâtre, pour grimper ou s’asseoir. Évidemment, le terrain de foot et le panier de basket sont conservés et seront munis d’un pare-ballon du côté des salles de classe.

L’essentiel des travaux sera achevé le jour de la rentrée mais il restera encore à planter les nouveaux arbres, une opération qui est programmée pour l’automne prochain, saison la plus propice pour ce type d’intervention.

Ces travaux sont financés, à hauteur de 230 000 € HT par la Ville de Rumilly, le Département de Haute-Savoie et l’État, dans le cadre général de l’opération « Action Cœur de Ville ».

Un microcosme social

« Le réaménagement des cours d’école amène à penser de nouvelles façons d’utiliser celles-ci », commentent les promoteurs du projet parisien « Cours Oasis  ». Sur le temps scolaire, cela peut permettre un usage pédagogique des espaces extérieurs (jardins pédagogiques, classes en extérieur, nouvelles activités sportives, etc.). Mais aussi un partage de l’espace pour que chacun trouve sa place : petits et grands, filles et garçons, calmes et énergiques.

«  La cour de récréation est en effet un microcosme social. Son aménagement et son usage peuvent véhiculer les valeurs citoyennes et républicaines : respect des autres et notamment égalité fille-garçon, respect de l’environnement et du vivre ensemble  ».

«Un coin de verdure pour la pluie», une initiative pour désimperméabiliser

Il n’y a pas que les cours d’école !

Que ce soit pour des routes, des parkings, des dalles ou des cours goudronnées, l’imperméabilisation croissante des sols a, selon les spécialistes de l’Agence de l’eau, de lourdes conséquences sur le cycle de l’eau, mais aussi sur la qualité de nos vies.

En témoignent les fréquents épisodes d’inondations, par exemple. Aujourd’hui, il est vrai que, pour les constructions nouvelles, les projets d’aménagement urbain prennent mieux en compte la gestion des eaux pluviales par des ouvrages végétalisés. Mais se préoccuper de désimperméabiliser l’existant n’est pas toujours en tête de liste des priorités.

Des initiatives pour des coins de verdures

En réponse à un appel à projet de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, nombre de collectivités locales ont récemment lancé des initiatives pour faire entrer « un coin de verdure pour la pluie » dans les cours d’école.

Il y a quelques mois, la municipalité d’Alby-sur-Chéran, entre autres, s’était lancée dans cette recherche de nature pour ses écoles. Pour participer à la préservation de la ressource en eau, mais aussi pour favoriser, en plantant des végétaux, le rafraîchissement de l’atmosphère des cours d’école. Réaliser des « cours oasis » contre la canicule…

Et, évidemment, en parallèle, sensibiliser par la pratique les écoliers à la nécessité d’économiser l’eau.

« Désimperméabiliser et végétaliser les cours d’école pour gérer les eaux pluviales, c’est remettre l’eau au cœur de la ville et s’adapter au changement climatique ».