La profession s’inquiète de l’embauche de non-diplômés dans les crèches

Des non-diplômés devraient pouvoir bientôt travailler en crèche. La décision suscite inquiétude et controverse.
Des non-diplômés devraient pouvoir bientôt travailler en crèche. La décision suscite inquiétude et controverse. - Photo d’illustration Pixabay

Début août 2022, le gouvernement a publié un décret pour assouplir le recrutement dans les crèches qui peinent à avoir et à recruter du personnel. Il entre en vigueur ce mercredi 31 août et il suscite déjà inquiétude de la profession et critiques politiques.

Pour l’heure, près de 9 000 postes ne seraient pas pourvus dans ce secteur d’activité.

Ce que dit le décret

Extrait du texte paru le 4 août au Journal officiel  : « A titre exceptionnel, dans un contexte local de pénurie de professionnels visés à l’article 1er du présent arrêté, des dérogations aux conditions de diplôme ou d’expérience fixées à ce même article peuvent être accordées en faveur d’autres personnes, en considération de leur formation, leurs expériences professionnelles passées, notamment auprès d’enfants, leur motivation à participer au développement de l’enfant au sein d’une équipe de professionnels de la petite enfance et de leur capacité à s’adapter à un nouvel environnement professionnel ».

À qui s’adresse-t-il ?

L’arrêté précise la destination des dérogations : « Pour les établissements et services gérés par une personne de droit privé, par le président du conseil départemental, après avis du médecin responsable du service départemental de protection maternelle et infantile, d’un médecin ou d’un puériculteur appartenant à ce service ou, à défaut, d’un professionnel qualifié dans le domaine de la petite enfance, appartenant à ce service, à qui cette responsabilité est déléguée ; 2º Pour les établissements et services publics, par la collectivité publique gestionnaire, après avis du président du conseil départemental. »

Inquiétudes et critiques

Avec cette annonce de l’arrivée possible de non-diplômés (jusqu’à 15 % du personnel), la profession a fait des bonds. Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance a parlé d’un risque de brader les qualifications des salariés en place et s’est inquiété du risque de voir des mesures provisoires devenir permanentes. « L’État se contente d’organiser la pénurie. Certains gestionnaires vont utiliser cet arrêté pour maintenir les crèches ouvertes coûte que coûte. Mais pour quel niveau de service ensuite ? », s’est interrogé Cyrille Godfroid, secrétaire général du syndicat.

« Les équipes en place ne vont pas avoir le temps de former ces gens non qualifiés. Et même ces personnes, si elles arrivent dans des conditions qui ne sont pas optimales, elles ne vont pas rester ». Pour elle, « cet arrêté ne va pas résoudre la crise massive que nous vivons. C’est une politique de la rustine, pour essayer de maintenir coûte que coûte les places ouvertes », renchérit Julie Marty-Pichon, la porte-parole du collectif « Pas de bébé à la consigne ». Qui cherche à pointer du doigt le problème des salaires qui selon elle, est la cause de la pénurie de personnel et la difficulté de recrutement.

Ces positions ont été soutenues par celle de la députée La France Insoumise, Clémentine Autain : « Un décret est sorti au mois d’août et il explique que dans les crèches aujourd’hui on peut recruter du personnel non qualifié. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est de la maltraitance vis-à-vis de nos jeunes, c’est de la maltraitance ».

Un décret pourtant très encadrant

Pour l’embauche d’une personne sans diplôme, la crèche devra se plier à des conditions strictes : pas plus de 15 % de non-diplômés dans son effectif, prouver qu’elle n’est pas parvenue à embaucher un salarié qualifié. Privilégier des personnes expérimentées auprès des enfants, procéder à leur formation pendant 120 heures. Les nouveaux employés auront ensuite un an pour suivre une formation diplômante.

Le décret précise aussi l’accompagnement, l’encadrement du nouvel arrivant, par une période d’intégration ponctuée d’entretiens, de bilans.