Le maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau placé en garde à vue et en passe d’être exclu de son parti

Du rififi politique à la mairie de Saint-Etienne.
Du rififi politique à la mairie de Saint-Etienne. - Photo Facebook ville de Saint-Etienne

Où quand et comment, en politique, planter un coup de couteau dans le dos de ses adversaires

Au cœur de la mairie de Saint-Etienne, les luttes politiques sont en passe de devenir un brûlot médiatique et judiciaire. En 2014, Gilles Artigues, alors premier adjoint à la mairie de Saint-Etienne, est filmé à son insu, dans une chambre d’hôtel parisien avec un escort boy. Une vidéo apparemment commanditée par ses adversaires, objet de chantage politique et précieusement conservée à des fins destructrices si nécessaire.

Au fil des années, des rumeurs, des pressions circulent à l’appui de cet enregistrement. En 2016, L’ancien adjoint, a expliqué son avocat, est invité par celui qui a enregistré la vidéo à la visionner avec à l’appui menaces de révélation. Notamment aux périodes de différentes échéances électorales. De même cette année au moment des législatives. Le chantage a duré pendant huit ans, poussé à bout Gilles Artigues qui aurait essayé d’attenter à sa vie.

Il a abouti, cet été, fin août, début septembre à un dépôt de plainte de l’élu victime, à l’ouverture d’une enquête pour « atteinte à l’intimité de la vie privée, chantage aggravé, soustraction de bien public par une personne chargée d’une fonction publique, abus de confiance et recel de ces infractions ». Et à un remue-ménage considérable à la mairie de Saint-Etienne et dans les journaux.

Notamment chez Mediapart qui dès le mois d’août avec les révélations de Gilles Rossary-Lenglet, compagnon de Samy Kéfi-Jérôme actuel adjoint à l’Éducation, pour avoir participé (il aurait été payé 50 000 euros pour ce traquenard) au guet-apens de Gilles Artigues, met au jour cette affaire. Et revient à la charge en ce début septembre avec la présentation de conversations entre le maire Gaël Perdriau et son directeur de cabinet Pierre Gauttieri. Propos qui confirment le guet-apens, le chantage et que le maire avait bien connaissance de la vidéo.

Gilles Rossary-Lenglet, Samy Kéfi-Jérôme, Pierre Gauttieri et le maire Gaël Perdriau sont depuis lundi 12 septembre sous le coup d’une garde à vue et sont interrogés par les enquêteurs.

Le maire se défend

Quand France Bleu Saint-Etienne demande à l’actuel maire de la ville Gaël Perdriau, s’il a commandité ce guet-apens à la vidéo à caractère sexuel, ce dernier se récrie : « Jamais, au grand jamais ! C’est une manipulation. C’est une terrible machination qui vise à me salir, moi ma famille, à salir aussi Saint-Étienne et à détruire qui je suis politiquement ».

Il explique avoir eu connaissance de rumeurs à l’encontre du premier adjoint d’alors, mais aussi à son encontre et à celle d’autres élus. Rien de plus classique en politique selon lui. Il réfute les affirmations qui disent que la victime l’a informé de cette vidéo et ait fait appel à lui pour de l’aide. « C’en est resté à l’état de rumeur, comme j’ai pu en être victime moi-même et ma famille ou d’autres élus. »

Et concernant les pressions exercées à l’aide de cet enregistrement ? « Il a été candidat à toutes les élections qu’il a voulu. Toutes, y compris la dernière. Je ne l’ai pas empêché d’être candidat. Je l’ai simplement invité à tirer les conséquences d’une énième défaite. »

L’occasion pour lui de renvoyer la balle : « Croyez bien que je mets toute mon énergie à démonter cette machination et à en connaître les mobiles, les auteurs. Parce que la finalité, j’en suis convaincu, c’est de me détruire, de m’éliminer du paysage politique stéphanois ». En même temps d’écarter toutes ses chances d’accéder à la présidence du parti Les Républicains, dont les élections sont proches. « Pourquoi cette affaire sortirait précisément aujourd’hui ? À quelques semaines de l’élection à la présidence des Républicains ? […] Il y a rarement du hasard en politique. »

Samy Kéfi-Jérôme conteste

Par la voix de son avocat, Samy Kéfi-Jérôme, l’un des protagonistes du piège tendu à Gilles Artigues, s’est exprimé pour la première fois pour assurer qu’il n’y avait aucun chantage mené. « Gilles Artigues était tout à fait conscient de ce qu’il allait se passer dans la chambre d’hôtel. » Son avocat assurant par ailleurs disposer d’éléments probants pour contester la version de Gilles Artigues sur le déroulement de cette soirée et ses suites.

L’équipe municipale prend position

Jusque-là plutôt discrète depuis les révélations sur la vidéo, l’équipe municipale, avec les derniers éléments apportés par Mediapart, a exprimé son indignation et a publié un communiqué qui rassemble les signatures de 42 conseillers. « Au vu des derniers éléments fournis par Mediapart, nous nous sommes réunis avec gravité ce lundi 12 septembre et avons souhaité nous exprimer. Nous condamnons avec la plus grande fermeté les propos ignobles tenus dans les derniers enregistrements diffusés, et sur lesquels la justice devra se prononcer. »

Dernière minute

Selon France Bleu Saint-Etienne : « À la mi-journée, certaines de ces gardes à vue ont été levées, dont celle de Gaël Perdriau a confirmé le Parquet de Lyon dans un communiqué. Le Parquet qui précise que ces auditions avaient pour objet de « recueillir les premières déclarations des principaux protagonistes de cette affaire et notamment celles de ceux qui s’étaient exprimés dans les médias au cours des dernières semaines », et notamment depuis les perquisitions réalisées le 5 septembre dernier. Les investigations se poursuivent précise-t-il encore. »