Souvenirs, souvenirs… Quand la Micheline circulait de Bellegarde à Divonne

L’autorail en gare de Bellegarde.
L’autorail en gare de Bellegarde.

Il n’aura fallu que quelques photos postées sur Facebook (lire ci-dessous) pour raviver des souvenirs chez des centaines de Gessiens…

En effet, il y a quelques semaines, un Gexois publie des photos de la fameuse « Micheline », ce train qui parcourait la ligne de Divonne à Bellegarde. Surprise, sa page se retrouve ponctuée de dizaines de messages nostalgiques.

Pour mémoire, une « Micheline » est un autorail léger mis au point par la société Michelin dans les années 30. Par extension, d’autres autorails ont ensuite été familièrement désignés par le mot « Micheline ». Dans le Pays de Gex, cet autorail était présent jusqu’en 1980 (lire également ci-contre).

Dans les années 60, les relations Divonne – Bellegarde sont assurées par des autorails X3800 Picasso. Ce nom est une référence à la cabine qui est positionnée sur le côté, tout comme les nez du peintre qui n’étaient jamais au milieu des visages sur ses œuvres…

Du marché de Bellegarde à la piscine de Divonne...

De nombreux Gessiens l’empruntent alors, pour des usages variés comme on le constate sur le post Facebook.

« C’était le bon temps. J’adorais emprunter cette ligne pour aller à l’oiseau de Gex, de Saint-Genis, la course de côte de la Faucille… », commente une Gessienne. « Je l’ai emprunté bien des fois. Pour aller au lac ou à la piscine de Divonne, pour aller retrouver les copains, et bien sûr pour aller à l’internat », ajoute une autre.

Les photos ravivent chez nos Gessiens de longue date, de doux moments : « Que de beaux souvenirs avec cette Micheline pour descendre vers Divonne ou Bellegarde ! » ; « De très bons souvenirs, nous allions au marché à Bellegarde le jeudi matin ».

Alors que la question du déplacement et de la mise en place d’un réseau plus dense de transport en commun est aujourd’hui prégnante dans le Pays de Gex, certains se tournent vers le passé et regrettent la disparition de cet autorail rouge et blanc…

Plus d’infos

– « Initialement, Longeray avait été choisi comme lieu de raccordement de la ligne du Pays de Gex à la ligne Lyon-Genève. Mais dans la nuit du 2 au 3 janvier 1883, un énorme glissement de terrain s’est produit entre Longeray et le Fort L’Ecluse. L’éboulement, en dévalant jusqu’au fond de la vallée a détruit une portion de la voie Lyon-Genève. Le trafic a été interrompu pendant plusieurs mois. Il a été décidé de repousser plus loin le raccordement, à un endroit plus sûr, donc à « Sous Villard » au dessous de Collonges. »

– Source  : racontemoidivonne.com

Petite histoire de la ligne ferroviaire Bellegarde / Divonne

La Micheline en gare gessienne
La Micheline en gare gessienne

Fin du XIXe siècle, la construction du chemin de fer sur le territoire français est en plein essor. D’innombrables lignes, dites secondaires, d’intérêt local voient le jour. Depuis la ligne internationale Lyon – Bellegarde-sur-Valserine – Genève-Cornavin, un embranchement voit le jour à la sortie de la gare de Collonges-Fort l’Ecluse en direction de Gex.

Longue de 38 kilomètres, la ligne Collonges – Divonne-les-Bains est ouverte en 1899. Les premiers trains circulent en direction de Divonne, le 1er juin.

Du côté du pays vaudois, l’arrivée du chemin de fer à Divonne intéresse grandement. Le canton de Vaud souhaite relier la petite cité lacustre de Nyon à la cité thermale gessienne. Le tronçon suisse se soude aux rails français en 1904.

Jusqu’en 1940 la ligne gessienne est parcourue par 3 allers et retours par jour. Le trafic est cependant suspendu pendant la seconde guerre mondiale.

Dans les années 60, les affaires de la ligne côté suisse ne sont plus au rendez-vous ce qui entraîne la fermeture du tronçon Nyon-Divonne au trafic voyageurs en 1962. Idem du côté français, le tronçon Divonne-Collonges ne fait plus recette. Le dernier convoi de voyageur quitte Divonne le 31 mai 1980.

Seules les ordures ménagères connaîtront encore la joie des rails… La ligne est maintenue pour emmener nos ordures depuis Chevry jusqu’à l’usine de traitement des déchets à Bellegarde. Un état de fait qui prendra également fin en 2014.

Aujourd’hui, plus de trains, un certain nombre de voies douces et sans doute pas mal de regrets…

Source  : ouvrage d’Alain Primatesta

Pierre Court, conducteur de la « Micheline », raconté par son fils

Arrivée de la Micheline en gare de Chevry. A droite, Pierre Court et un ami.
Arrivée de la Micheline en gare de Chevry. A droite, Pierre Court et un ami.

A l’origine de la publication des photos de notre autorail rouge et blanc, Christophe Court. Un Gexois pur souche qui connaît bien notre Micheline, et pour cause, son père Pierre, a été conducteur de train pendant 40 ans !

« A 15 ans, mon père a été en apprentissage à Annemasse pour devenir conducteur de trains. Son diplôme en poche, il a été en Suède et en Finlande en 1960, où il commence sur des trains à vapeur. Ensuite, il est revenu à Gex d’où il était originaire, et il s’est marié à ma mère en 1964. Il a travaillé quelques années au dépôt d’Annemasse avant d’aller à celui de Bellegarde. Il pouvait se rendre à Thonon / Evian, comme à Chambéry ou dans le Pays de Gex. A cette époque, il n’y avait qu’un seul conducteur de train sur la ligne Bellegarde / Divonne. Il s’occupait aussi bien du transport de marchandises que de voyageurs. Et il ne circulait pas seulement avec la fameuse Micheline. Parfois, il pouvait s’absenter plusieurs jours pour des trajets et il restait alors au dépôt à Bellegarde. C’était une vie difficile, il travaillait parfois de nuit, souvent près de 50 heures par semaine. Il a pris sa retraite en 1990, après 40 ans de service ! »

« J’ai eu une enfance heureuse dans les trains »

Pierre Court sillonne donc la voie durant plusieurs années. Sans crainte de croiser un autre train, il s’arrête parfois à Chevry pour récupérer des œufs chez une connaissance !

De cette époque où son père conduisait la Micheline, Christophe garde des souvenirs heureux : «  J’ai eu une enfance heureuse dans ce monde de trains. J’ai pu monter dans la cabine avec mon père ! Et puis on avait les vacances en colonie avec la SNCF. Jusqu’à 21 ans en tant que fils de cheminot je ne payais pas le train ! (rires) Je me rappelle bien de ces Gessiens qui prenaient le train. Ils allaient à Bellegarde au marché ou à la piscine de Divonne. Il y avait également les gens en vacances venus de Paris qui en profitaient. C’est vraiment dommage de ne pas avoir conservé ces lignes, c’est même vraiment triste… »