Chambéry: trois policiers municipaux jugés en correctionnelle pour «outrages et violences» contre un homme qu’ils ont interpellé

Chambéry: trois policiers municipaux jugés en correctionnelle pour «outrages et violences» contre un homme qu’ils ont interpellé

«   On veut la peau de trois policiers municipaux, et par contrecoup de toutes les polices municipales du secteur ! » Maître Pierre Perez ne mâche pas ses mots pour décrire l’audience qui s’est tenue au tribunal correctionnel de Chambéry ce jeudi 1er décembre. Avec son confrère Me Olivier Connille, il a défendu devant la cour trois policiers municipaux de Chambéry, pour des faits qu’il a « du mal à comprendre ».

Les faits

Le 12 août dernier vers 00h45, ces trois policiers municipaux sont appelés par un riverain. Il se plaint d’un homme ivre qui déambule torse nu dans la rue avec une massue et vient de se battre avec d’autres personnes. D’après Me Perez, « l’homme est menaçant, donc l’un des policiers lui donne un coup de bombe lacrymogène pour le calmer ». Ils parviennent à immobiliser l’homme et à l’emmener au commissariat.

Un bon mois et demi passe… et la nouvelle tombe. Il leur est signifié que « la personne avait levé les bras sans agressivité et lâché sa massue quand il a reçu un jet de lacrymogène dans les cinq dernières secondes de l’intervention, précise Me Perez. On leur a donc dit qu’ils avaient commis une agression sur un citoyen. » Les trois policiers passent la nuit au poste, puis le procureur les fait présenter au parquet. Ils sont alors envoyés devant le juge des libertés et poursuivis pour outrages et violences contre la personne interpellée, dénonciation calomnieuse et faux en écriture publique pour l’établissement du rapport remis à la police après l’interpellation.

Des conséquences sur les polices

Depuis, les trois agents ont interdiction de se parler. Comme ils font partie de la même équipe de nuit, leur avocat précise que la Ville les a donc suspendus de leurs fonctions. Mais cela créerait une pagaille d’organisation dans les équipes. « La police municipale de nuit ne peut pas fonctionner avec trois personnes en moins, ajoute Me Perez. Alors ils ont indiqué qu’ils n’allaient plus intervenir en première ligne la nuit, faute d’effectif. » D’après lui, cette procédure judiciaire aurait « démobilisé toutes les polices municipales du ressort ». La problématique s’étendrait donc au-delà, puisque les municipalités investissent pour avoir des équipes de nuit… qui ne peuvent plus intervenir. La Ville de Chambéry n’a cependant pas souhaité communiquer sur cette affaire en amont de l’audience, tout comme le procureur de la République, contacté lui aussi par l’Essor.

D’après leur avocat, les trois agents sont très impactés par la procédure. « L’un d’eux a 35 ans d’expérience en tant que policier et n’a jamais eu de souci, il ne tient plus debout ! Tout comme sa collègue qui est détruite, et la troisième personne qui veut être mutée dans le sud… Et au final, l’homme qu’ils ont arrêté ce soir-là n’a pas été poursuivi ! » Pour lui, cette enquête est « à sens unique et peut avoir un retentissement énorme ».