Albertville : L’amour sans condition de Naëlle et Guyllian

Albertville : L’amour sans condition de Naëlle et Guyllian

Naëlle a une myopathie à mémaline, « autrement dit, explique-t-elle, tout fonctionne bien en moi, mais à vitesse réduite. Seul le cœur n’est pas atteint. » Depuis un an et demi, il bat même très fort pour Guyllian, reconnu lui aussi handicapé : «  Je suis hyperactif bipolaire, indique-t-il, mais je prends un traitement. » « Ça ne se voit pas trop, le taquine Naëlle, sauf quand il se met à faire du ménage à deux heures du matin, là, ça soûle un peu ! » L’humour est l’un des moteurs de leur relation, c’est lui qui s’est joué de leur anxiété la première fois qu’ils se sont rencontrés : « Nous nous sommes d’abord parlé sur Messenger au sein d’un groupe d’amis. Nous nous sommes vite très bien entendus et échangions énormément. Il a longtemps tout ignoré de mon handicap, je lui cachais le plus possible, je n’assumais pas ma différence. » « J’ai découvert sa maladie petit à petit, intervient Guyllian. Je ne la visualisais pas, mais je savais par exemple qu’elle avait du mal à se nourrir alors je la challengeais en lui disant que si elle ne mangeait pas plus, on ne s’appellerait pas le soir. Et ça marchait. »

Premiers regards en gare de Lyon

Leur relation se noue en pleine période Covid, pour Naëlle, difficile d’organiser une rencontre ! « Je faisais partie, raconte Naëlle, d’un groupe de jeunes bénévoles engagés pour le Téléthon. Au mois de septembre 2021, j’ai été invitée à Paris pour le lancement de l’opération. Comme j’avais besoin d’un accompagnant, je lui ai proposé de venir et nous nous sommes donné rendez-vous à la gare de Lyon. » « Ça passait ou ça cassait lui avais-je dit, relate Guyllian. Si ça n’avait pas accroché, je serais aussitôt reparti. » Dans le train, le drôle de duo apprend à se connaître en se cachant derrière l’humour et les vannes. Au bout de quatre jours dont ils se souviendront toujours, lui repart dans le Var… « mais dès le soir, rigole Naëlle, j’ai pris des billets pour le rejoindre ! »

Dit comme ça, tout paraît bien simple… mais pour Naëlle, ce n’est pas le cas. Ça n’a jamais été le cas : si la famille de son amoureux lui ouvre les bras, des obstacles se dressent sur leur chemin et le jeune couple se voit contraint de déménager et prendre son propre appartement à Pierrefeu-du-Var. « Il était petit et insalubre, livre Guyllian, ça n’a pas toujours été simple à vivre. » Alors quand une proposition de logement social leur est formulée à Albertville, ils n’hésitent pas une seconde et refont leurs bagages : « Nous avons eu 24h pour nous décider puis deux semaines pour investir notre nouveau chez nous. C’était au mois de novembre, il n’y avait pas de carburant dans les stations-service et monsieur a eu la bonne idée de se faire piquer par une guêpe et de terminer aux urgences avec un œdème de Quincke. » Tous les deux ont connu des hauts et des bas avec leurs familles respectives, des placements en foyer, des disputes et des réconciliations : «  Mon père qui n’a jamais été proche de mes anciennes petites copines a tout de suite accroché avec Naëlle. Il aime bien la taquiner. Lors du déménagement où il nous a beaucoup aidés, il l’a par exemple qualifiée de feignasse car elle ne nous aidait pas, rigole Guyllian. Quant à ma maman, elle me dit à nouveau qu’elle m’aime.  »

« On essaie de vivre comme tout le monde »

Dans la rue, ils se tiennent la main, s’embrassent et se murmurent des je t’aime : «  On essaie de vivre comme tout le monde, même si beaucoup de personnes imaginent que l’un profite de l’autre et vice-versa.  » Guyllian s’est habitué à son métier d’auxiliaire de vie même si, concède-t-il, il n’est pas sûr d’être capable de tenir pour quelqu’un d’autre. «  Et même avec Naëlle c’est difficile, j’ai toujours peur de faire mal et lui faire mal.  » Des regrets de s’être engagé dans cette aventure ? « Des fois oui », lâche-t-il en rigolant . « Eh, je t’entends », se fâche la jeune femme depuis la cuisine. Dehors, d’épais flocons recouvrent le balcon. Tous deux projettent déjà de sortir en profiter… «  On va pouvoir se faire une bataille de neige », dit-il. «  Non ! » « Si ! », « Non, une boule et tu dors dehors. » « Je serais curieux de voir ça. » « Oui, des fois s’excuse Naëlle, c’est un peu entre chien et chat. »

« Depuis que nous sommes enfants, la vie est un combat »

Si ces deux-là adorent se bousculer, ils n’envisagent pas l’avenir l’un sans l’autre : « Nous avons envie de nous marier et d’avoir un enfant. Nous pourrions le faire naturellement, mais comme il y a une chance sur deux pour qu’il soit malade, c’est difficile à envisager de cette manière. Nous aimerions suivre un processus spécial avec une biopsie au tout début de la grossesse permettant de voir si le fœtus est affecté ou non. Cela demandera un suivi important et beaucoup d’examens, mais nous sommes prêts à les affronter. » Le bonheur de l’imaginer se voile à l’évocation «  des gens qui ne nous ont pas pris au sérieux ou affirmé que nous étions irresponsables. Si ça ne fonctionne pas, nous essaierons d’adopter… Ce sera encore un autre combat, mais depuis que nous sommes enfants, la vie est un combat. »

« Je me suis même fait draguer en boîte »

Pour l’adoucir, ils essaient de tout vivre à fond, sans rien se refuser… « Tout demande de l’anticipation et beaucoup de préparation, mais partir en voyage, rencontrer des amis, on y arrive. Il y a cinq ans, je n’aurais jamais imaginé vivre cet amour, déménager trois fois ou avoir trois chats. Je ne savais même pas si j’existerais encore. Là, je prends la vie comme elle vient, chaque nouvelle année est une victoire ! Je me suis même fait draguer en boîte de nuit ! Bon, il était moche, mais quand même. »

Voilà, si leur vie n’est pas évidente tous les jours, c’est une évidence pour toujours, espèrent-ils. C’est tout ce qu’on leur souhaite.

Les Jojos ?

« Les Jojos  ? C’est ma seconde famille  ! s’exclame Naëlle. Avec Jackie et tous les bénévoles, l’association a toujours été là pour moi. Je connais les chanteurs, les danseurs, je suis même montée trois fois sur scène pour chanter. Ils m’ont beaucoup aidée et j’espère qu’à mon tour, avec Guyllian, nous saurons les aider à la hauteur de ce que nous pouvons et ce que nous sommes. C’est normal. »