Ivan Morel, chef de corps du 27e BCA d’Annecy : « Ici, on est dans le compagnonnage, pas dans le bourrage de crâne »

Agé de 40 ans, le colonel Ivan Morel est passé par Saint-Cyr, l’école de guerre britannique, les cabinets ministériels ou encore HEC avant de prendre en main le 27e Bataillon de chasseurs alpins. Un parcours riche et hétérocylte qui dénote une insatiable curiosité.
Agé de 40 ans, le colonel Ivan Morel est passé par Saint-Cyr, l’école de guerre britannique, les cabinets ministériels ou encore HEC avant de prendre en main le 27e Bataillon de chasseurs alpins. Un parcours riche et hétérocylte qui dénote une insatiable curiosité.

Intronisé à la tête du 27e bataillon de chasseurs alpins (BCA) d’Annecy le 30 août dernier, le colonel Ivan Morel a fait un premier point devant la presse sur son activité, lundi 14 octobre. L’occasion pour lui de présenter les chantiers et les dossiers qui lui tiennent à cœur.

La marque de fabrique du 27e BCA

« Ce qui nous caractérise, ce qui fait notre force, c’est l’intelligence de situation de nos cadres. C’est cette capacité à s’adapter à tout en fonction des impératifs opérationnels ou de sécurité. Si un de mes gars me dit par exemple «aujourd’hui on ne s’entraîne pas en montagne car la météo ne le permet pas«, c’est OK pour moi. Il n’y a pas de problème. Cette intelligence-là, il faut la cultiver. »

Ses trois fondements

« Pour moi, notre socle est composé de trois principes essentiels. Primo : on s’entraîne comme on combat. Deuzio : on pratique ici un sport collectif où l’objectif est d’élever le niveau moyen plutôt que de privilégier cinq ou six mecs d’élite (voir également vidéo plus loin). Tertio, la sécurité prime sur tout le reste, dans tous les domaines, en opération comme à l’entraînement. »

Les femmes du bataillon

« Les 80 femmes que nous avons ici sont des femmes exceptionnelles. Exceptionnelles ! Porter 35 kilos de matériel de nuit en infiltration montagneuse, ça n’est pas donné à tout le monde. Dans la vie, honnêtement, 85 % des hommes n’y arriveraient pas. »

L’accompagnement des soldats

« Chez nous, on est davantage dans le compagnonnage que dans le bourrage de crâne. C’est hyper important comme approche car il ne faut pas oublier que notre matrice, c’est un gars avec un fusil et des balles. Et qu’il sait s’en servir. Donc il faut qu’une confiance réciproque règne.

[À propos de ce qu’il s’est passé à la préfecture de Police de Paris] Si j’ai peur que ça se produise avec un militaire ? Oui c’est une crainte. Il faudrait être naïf pour penser le contraire. Et si ça devait arriver, [qu’un militaire retourne son arme contre la foule], ça serait une catastrophe absolue, car chaque Sentinelle en France deviendrait une menace potentielle. D’où l’importance de l’accompagnement que j’évoquais plus tôt. »

Son nom

« J’ai bien conscience que m’appeler Morel et être le petit-fils de Tom va avoir un effet loupe sur mon action et celle du bataillon. Mais dans ma famille, on m’a enseigné que ces histoires héroïques mais douloureuses doivent nous servir dans l’action que l’on conduit. Et c’est ce que je fais. »

L’ouverture du 27 sur l’extérieur

« Aujourd’hui, l’armée n’est plus la grande muette. Enfin j’espère (rires) ! Mon souhait, c’est que le 27, qui a la chance d’être soutenu par la population locale, s’ouvre encore davantage sur l’extérieur. On fait partie d’Annecy et on fait un métier éminemment humain. On ne naît pas militaire et on ne meurt pas militaire, on est des citoyens avant tout et on va bientôt avoir de multiples occasions de le prouver. [NDLR : en 2021, on célébrera le 150e anniversaire de la naissance du 27e BCA et en 2022 le centenaire de son installation à Annecy]. »

Quelques chiffres

1 300

Comme le nombre de militaires présents à Annecy. Avec les familles, cela représente 2 500 personnes (dont 300 enfants).

150

Comme le nombre de véhicules dont dispose le 27e  BCA (60 blindés, 50 camions et 40 véhicules tout-terrain ou chenillés).

2

Il s’agit, en millions d’euros, du budget de fonctionnement du bataillon, dont 600 000 sont injectés dans l’économie locale.

De 25 à 30

Il s’agit, en millions d’euros, de la masse salariale annuelle du 27e BCA.