Le confinement vu par un marin : « Le danger de vite dériver, avec le moral qui dérape »

Le Villamagnain Olivier Magré, tout sourire sur son bateau, lorsqu’il a bouclé la Route du Rhum en 26 jours, fin 2018.
Le Villamagnain Olivier Magré, tout sourire sur son bateau, lorsqu’il a bouclé la Route du Rhum en 26 jours, fin 2018.

Lui n’est pas confiné. Patron d’une grande surface à Ville-la-Grand, il est sur le pont chaque jour avec ses équipes pour faire face à la situation alors que la demande en drive explose. Fin 2018, il bouclait la route du Rhum, entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, soit 26 jours confiné sur son bateau. Le navigateur breton, Haut-Savoyard depuis 24 ans, porte un regard forcément particulier sur cette période de confinement.

« Un rituel de petites choses pour rythmer les journées »

Sur un bateau, seul pendant des jours à affronter les aléas de la mer, comment vivez-vous le confinement ?

Le confinement, on s’y prépare, on le sait, on l’a rêvé. C’est l’aboutissement d’un entraînement de plusieurs années. Sur un bateau, on doit faire face à la météo, aux manœuvres. Là, avec la crise sanitaire, ce confinement s’est fait brutalement, en quelques heures. Ça se passe toujours mieux quand on est préparé.

Navigateur averti, Olivier Magré est breton d’origine, installé en Haute-Savoie depuis 24 ans.
Navigateur averti, Olivier Magré est breton d’origine, installé en Haute-Savoie depuis 24 ans.

C’est quoi le plus dur quand on est confiné en mer ?

C’est la fatigue et le cumul des problèmes. Quand vous partez, tout est nickel mais au fur et à mesure, on abîme le matériel et ça casse de partout. Les proches nous manquent mais on est prêt à ça. Outre le fait d’y être préparé, le confinement sur un bateau est particulier car on ne s’ennuie jamais : on avance, on a une navigation à gérer, une stratégie pour toucher au but. En plus, il faut pomper l’eau, penser au prochain passage du satellite dans vingt minutes pour choper la météo, etc.

« Faire le tour des personnes âgées de son entourage »

Quels conseils pouvez-vous donner à nous qui ne sommes pas habitués au confinement ?

Dans toute situation où une personne est confinée, que ce soit dans un monastère, dans une traversée de l’Atlantique à la rame ou un prisonnier en cellule, il faut un rituel de petites choses pour rythmer les journées : de la lecture, faire sa toilette, du rangement… Sinon, il y a une perte de repères, une décadence. Pour s’imposer cela, il faut faire preuve de rigueur. Le confinement, c’est une vraie expérience et aujourd’hui les gens ne sont pas préparés à ça, à s’autogérer. Les gens habitués au confinement comme les navigateurs, les spationautes, les sous-mariniers, sauront plus se réorganiser dans ces circonstances. On sait mieux le danger de vite dériver, de se laisser aller avec le moral qui dérape sans que l’on s’en rende compte. Du coup, on se reprend plus vite.

Comment occuper ces journées ?

Il faut s’obliger à faire des choses, ce peut être faire le tour des personnes âgées de son entourage pour prendre des nouvelles par téléphone. On a vite fait de dire : « Je ne fais rien » et il y a une perte de repères néfaste pour le moral.

« Je reçois énormément de CV »

Depuis le début du confinement, Oliver Magré, en tant que directeur d’une grande surface à Ville-la-Grand, dit recevoir « énormément de CV de gens qui ont perdu le boulot, sur France ou la région genevoise, et qui disent : « J’ai besoin de bosser car je deviens dingue ». Il y a beaucoup de jeunes, qui ne sont pas dans le domaine de la santé mais qui ont envie de se rendre utile à la société. »